Espèce de vendue !

Une insulte gratuite, ça fait toujours plaisir en ces temps troublés. Bon, ben voilà, j’ai mis le temps avant de publier cette annonce nécrologique, mais sachez donc que j’ai vendu la maison le 12 décembre dernier déjà. Et à des gens kinenveulent méchamment, si j’en crois la photo du grenier reçue de K. il y a deux ou trois semaines :

Et tout ça pendant l’hiver.

On admettra que ça a quelque peu avancé. Tant mieux pour eux.

De mon côté, certains le savent déjà, j’ai complètement changé mon fusil d’épaule à partir de la mort de mon père. L’incendie dévastateur de l’an dernier dans les Corbières m’a également un peu convaincu de la nécessité de tourner cette page, qui aura été parfois très marrante et enthousiasmante, parfois bien plombante. Je n’oublie pas d’ailleurs que ce lundi de Pâques est incidemment l’anniversaire de la personne qui, de façon assez difficile à expliquer, était à mes yeux symboliquement liée à ce projet et qui, ayant été écartée de ma vie par immédiate nécessité de salubrité mentale il y a deux ans et demi, a sans doute aussi précipité malgré elle la fin dudit projet (Franck Lepage, ne m’en veux pas trop d’utiliser ce mot à la con, on est bien peu de choses).

Aujourd’hui donc, je suis en plein projet fourgon : j’ai acheté il y a un an un Fiat Ducato L3H2 propulsé (tracté, en fait) par un bon vieux mazout Iveco. L’objectif initial était d’y vivre le temps de trouver la perle rare : un deux-pièces à Douarnenez avec un peu de travaux. On ne se refait pas. Comme il n’y a pas d’annonces pour ce type de bien sur le Net (qui dit encore « le Net » en 2026, hein ?), et que je ne voulais pas louer, eh bien je me suis lancé dans ce drôle de défi. Un fourgon aménagé donc, avec panneau solaire, eau, isolation thermique, connexion 4G, frigo, lit, bref, la totale. Un vélo électrique pliable en guise d’annexe pour aller du fourgon (garé au calme) au centre-ville draguer le ou la propriétaire dans les rades douarnenistes, et vogue la galère.

Les meubles viennent d’être posés, il me reste encore à finir l’électricité (le plus gros est fait), et à installer le lit et la plomberie. Ce qui, compte tenu du fait que je viens quand même de reprendre du boulot de traduction pour calmer un peu la fièvre dépensière, devrait être fini pendant l’été, et me permettre d’aller passer quelques semaines, voire quelques mois, sur place. J’en profiterai pour aller voir les copains à Dinard, à Brest et à Nantes. Ça va bretonniser sec.

Le blog s’arrête donc en ce qui concerne la maison dans les Corbières, et ne racontera rien de ce projet Ducato. On ne mélange pas les torchons et les serviettes, disait ma grand-mère, qui avait chevillé au corps un mépris de classe assez puissant, ce qui nous éloigne de notre sujet.

Ceci étant dit, si j’ouvre un blog dédié au fourgon (mais je ne crois pas), je viendrai vous en informer ici, ô grosse vingtaine de lecteurs-trices.

Quelques photos quand même, vous allez voir, je suis dingue (mais entretemps j’ai quand même pris une location à Tulle, à cinquante mètres de la mairie où je me suis marié en 2010, what-the-fuck) :

Voilà.

PS : Qui es-tu, mystérieux(se) visiteur(se) de Châlons-en-Champagne, ou pas loin ?

Ah, décembre au soleil…

Je sors à peine de six mois d’une intensité assez folle (relations plus ou moins intéressantes et/ou fascinantes avec notaires, agents immobiliers, artisans véreux, négociations téléphoniques ultra anxiogènes, annulation d’une promesse de vente avec option « le gros blaireau défaillant dont j’ai attendu des nouvelles pendant quatre semaines cherche à me culpabiliser », problèmes de santé qui ont frappé tous en même temps, inventaires un peu partout de Montargis à Paris en passant par Palaiseau, organisation du transport d’un piano à queue de Corrèze vers la Bretagne, et des milliers de kilomètres en bagnole tout l’été et l’automne) et tout est enfin sur les rails pour la succession de mon père. Les impôts ont perçu un acompte de 50 % de ce qu’on leur doit, le reste pourra être payé avec le produit des ventes et on va commencer à pouvoir se projeter un peu mieux vers l’avenir.

Avenir qui en ce qui concerne ma maison dans les Corbières est relativement clair, tiens : j’y descends du 14 au 21 décembre, principalement pour passer du bon temps au soleil – en faisant comme de bien entendu abstraction de l’impending doom du climat qui fait nawak – et discuter de la mise sur le marché de la vénérable ancienne auberge – et maison close ? – de ce village de fous.

À cet effet, j’ai loué un petit gîte déjà testé et fort agréable dans le village d’en dessous, à Villerouge-Termenès donc, où vous serez les bienvenus si vous voulez passer me voir. Bonus non négligeable : si tu as peur de mes ronflements légendaires, sache que ça y est, c’est de l’histoire ancienne, puisque je suis « appareillé », comme on dit dans le milieu.

J’essaierai pendant cette semaine-là de finir de virer ce foutu carrelage dans la chambre du premier étage et de remplacer les planches vermoulues, mais je n’en ferai sans doute pas beaucoup plus. J’ai accepté le devis d’un artisan pour les fenêtres et les portes, mais il n’a pas répondu à mon dernier mail et la conseillère immobilière (essaie un peu d’écrire « agente immobilière » sans avoir envie de tout casser, tiens) me conseille plutôt de ne pas faire de frais et de vendre en l’état, si j’ai bien compris. Je descends aussi pour ça : parler avec elle de tout ça, reparler avec l’artisan en question, etc.

Et me nourrir d’aïoli, bien évidemment.

Voilà. Trop de boulot jusqu’au 30 novembre pour en raconter davantage, et puis en fait tout est dit, je crois. Je voulais au moins annoncer rapidos les dates confirmées de mon prochain séjour là-bas, pour au cas où que tu voudrais te pointer. Chose faite !

Final Frontier

Le projet va se transformer, forcément. Depuis le 26 avril, tout a changé. De nombreuses démarches me retiennent depuis — et jusqu’au moins le mois de novembre — bien plus au nord, entre Paris et la Corrèze, notamment le chantier de rénovation de l’ancien cabinet de mon père, à surveiller de près vu que mon naïf de daron s’était bien fait arnaquer et n’en aurait rien su s’il n’avait pas décidé de mourir (insondable absurdité de cette phrase).

J’ai quand même réussi à descendre dans les Corbières en août, dormi quelques nuits dans la maison — rien à voir avec les deux longs mois passés sur place l’an dernier — et obtenu un premier devis à 10 000 euros pour faire remplacer l’intégralité des fenêtres et des deux portes donnant sur la rue et la ruelle. C’est beaucoup moins cher que ce que j’imaginais, avec toute la reprise de maçonnerie nécessaire. Je vais sans doute accepter ce devis et si tout va bien les menuiseries auront été remplacées, et le plancher pourri entre les deux étages abattu, avant la fin de cette année.

Ensuite, je mettrai selon toute vraisemblance, avec un petit pincement au cœur, la maison en vente, et je passerai à un projet plus à la mesure du jeune quinqua célibataire que je suis, et surtout plus en adéquation avec mon mode de vie, qui est nomade de facto.

Car où se poser, au fond, quand on est comme moi ? En tout cas, pas dans ce minuscule bled des Hautes Corbières, qui a perdu tout son attrait à mes yeux, macérant qu’il est dans la folie, juste derrière la frontière de la civilisation, c’est-à-dire un peu au-dessus de Féline-Termenès.

La Taverne de Villerouge, elle, me reverra encore souvent, c’est certain.

Kilomètres

Depuis le dernier article ici, petit résumé de mes allers et venues. (Pour ceux que ça n’intéresse pas, l’info principale : je serai dans les Corbières du 19 au 26 août. Visites bienvenues si ça vous botte.)

Avaler du kilomètre

23 mai : Vendôme-Paris, Paris-Brive, Brive-Tulle. Premier rendez-vous chez le notaire, puis je ramène ma sœur et mon frère en Corrèze. Le lendemain, je remonte chez moi (psy à 17 heures !). 1 100 kilomètres.

1er juin : Carquefou (50 ans d’un pote : le tube de l’année) ; du 2 au 6 juin : Bretagne (Brest, Douarnenez, Belle-Île) sur les traces de mon enfance et de mon père. 1 420 kilomètres.

Je rentre chez moi pour repartir dès le lendemain en Corrèze (anniversaire d’une amie, puis rangement dans la maison de mon père). Anniversaire de ma nièce le 15 juin : six gamines déchaînées. Ça fait du bien quand ça s’arrête, mais au fond bien sûr qu’un tel shot de vie ça fait du bien. 800 kilomètres.

17 juin : je remonte chez moi ; 19 juin : je repars à Carquefou pour récupérer le matelas gonflable que j’ai oublié le 1er juin et sur lequel je dormirai la semaine prochaine dans les Corbières (on y vient) ; 20 juin : Bretagne avec ma mère et mon frère ; 22 juin : retour, puis fête de l’année ici à Azé, vraiment marrante, là encore un bon shot de vie qui fait du bien. 750 kilomètres.

27 juin : aller-retour à Palaiseau pour accueillir les deux agences immobilières chargées d’estimer l’ancien cabinet de mon père. 300 kilomètres.

3 juillet : aller-retour à Paris, notaire (tous ensemble pour la première fois, on signe des tas de procurations les uns pour les autres). 350 kilomètres.

5 juillet : Clermont-Ferrand, concert de Fat White Family, une bonne respiration ; 6 juillet : mariage de ma sœur ; 11 juillet : rencontre de Marion près de Saint-Céré ; puis je séjourne chez ma mère jusqu’au 22 juillet, car j’ai repris les rênes pour vendre la maison de mon père, ça commence à urger (droits de succession à payer avant le 25 octobre). C’est surtout à cause de ça que je suis dans l’incapacité de descendre dans les Corbières : impossible de trop m’éloigner de Palaiseau et de Tulle, ces deux biens doivent être vendus ASAP et je suis le seul des quatre à avoir à peu près « la tête sur les épaules » (je cite la formule de ma tante). Je signe deux mandats avec deux agences. Puis je remonte chez moi. 1 300 kilomètres.

Retour le 22. Le 23 au soir, le type venu faire les diagnostics de l’appartement de Palaiseau m’informe en substance que mon père s’est fait arnaquer : les panneaux de laine de bois en 145 mm prévus au bon de commande n’y sont pas, à la place il y a du polystyrène, sept fois moins cher a priori. Pas de pare-vapeur non plus, pourtant facturé. Je fais un aller-retour à Palaiseau pour me rendre compte par moi-même et prendre des photos, puis j’appelle l’entrepreneur, à qui je donne rendez-vous sur le chantier dès la semaine suivante. 300 kilomètres.

31 juillet : aller-retour à Palaiseau expliqué ci-dessus (le type est péteux et accepte de nous rendre 2 000 euros, mais ça ne va pas s’arrêter là car il y a des malfaçons) ; 1er août : épreuve d’effort chez mon cardiologue à Chartres, passée haut la main (immense soulagement qui vient mettre fin à cinq ans d’angoisse latente liée à mon cœur) ; 3 août : super fête de mariage de ma tante, week-end dans la piscine en Touraine ; 6 et 7 août : vide-maison organisé par ma sœur dans la maison de mon père, on est là tous les deux ; 12 août : retour chez moi avec une voiture pleine de tous les disques vinyles qui ont marqué mon enfance, d’un buste de Sénèque, de ventilateurs, de bouteilles, de photos de famille et de cartes postales. Tous les livres sont encore chez mon père, mais j’ai récupéré toutes les BD de Tardi, entre autres. 1 600 kilomètres.

Soit plus de 7 900 bornes en un peu plus de deux mois. Il m’a été impossible de descendre dans les Corbières jusqu’ici : trop de responsabilités à affronter entre Palaiseau et la Corrèze, plus le boulot, plus les séances chez la psy, très nécessaires, et puis des obligations sociales (anniversaires, fêtes) plutôt sympathiques et qu’il aurait été stupide de manquer.

Mais j’ai enfin pu caser une semaine entre le 19 et le 26. Si vous êtes dans le coin, n’hésitez pas à me faire signe !

Je redescendrai très certainement en septembre, idéalement pour deux semaines, mais rien n’est encore décidé.

Papa

Mon père est mort le 26 avril dernier (sans doute la veille, en fait), installé en PLS dans sa cabine de douche, et sans rictus de souffrance sur le visage, selon ma sœur, qui l’a trouvé. Il a sans doute cru (parmi une demi-douzaine d’autres, c’est la théorie de ma mère, et je la choisis car non seulement elle est très crédible mais en plus elle est apaisante pour l’esprit) qu’il allait faire une seconde crise d’épilepsie après la première subie en octobre, et se sera installé en position latérale de sécurité pour ne pas se faire mal, après avoir posé son bol de café et ses lunettes sur le bord du lavabo. Puis il a succombé à une hémorragie cérébrale.

Tout a changé. Je vais continuer cette maison, bien sûr, je ne sais pas jusqu’à quand, son tout petit prix d’achat me permet de la revendre à n’importe quelle étape de la rénovation sans perdre d’argent. Je n’ai pas les idées assez claires à son sujet. Je vais demander des devis pour le remplacement de toutes les menuiseries extérieures, car il était illusoire de penser que je pourrais les faire seul en moins de cinq ans avec tout le boulot que la vie m’impose par ailleurs. Je vais aussi demander des devis et/ou contacter des artisans sur place pour s’occuper des deux petites chapes à réaliser, et du placo. Je pense que je ne m’occuperai vraiment seul que de la plomberie et de l’électricité. C’est déjà pas mal.

Pour l’instant, mon père me manque terriblement et je suis en état de sidération : je fais tout ce qu’il y a à faire, et il y a beaucoup de démarches à faire après le décès de son père, mais dès que je me retrouve seul, je dors et je regarde des vidéos sur YouTube, en gros. Je me laisse quelques semaines de repos (tout relatif : je continue à bosser pour ma pitance) avant de repartir de l’avant.

Je pense que je redescendrai dans les Corbières fin juin. J’y serai en tout cas une partie du mois de juillet et du mois d’août (aller-retour obligatoire à Chartres le 23 juillet pour une épreuve d’effort de routine).

Dites à vos parents que vous les aimez – et ce que vous leur devez – si ce n’est pas déjà fait. J’ai eu la chance que mon père se délivre de lourds fardeaux avant de partir. C’était en novembre dernier. Comme s’il savait qu’il était au bout du rouleau. J’ai 50 ans et je comprends depuis très peu de temps pourquoi tant de choses ont eu lieu qui m’ont tant compliqué la vie, et que j’attribuais à de la malchance (composante génétique de la dépression, loterie de l’ADN, tout ça). Papa, tu m’as donné la clé. Et puis tu es parti.

Bref. À moi de me démerder avec cette perte, maintenant.

À bientôt les amis.

Le papier peint, c’est bon quand ça part tout seul

Que fait cet article ici, me direz-vous ?

Je n’en suis pas du tout au papier peint dans les Corbières, non. D’ailleurs je n’en mettrai pas, on n’est plus en 1986, me semble-t-il.

En revanche j’en ai enlevé cet aprem dans les toilettes de la maison que j’habite toujours dans le Loir-et-Cher, et donc pourquoi ne pas vous tenir informé du fait que je refais mes chiottes à l’approche de mes 50 ans (mercredi), hein ? Je vais apprendre à carreler pour l’occasion, ce qui me servira là-bas au moment de faire ma belle douche à l’italienne.

Plus de 2 000 balles pour que la voiture reconnaisse sa clé à nouveau (novembre dernier).

Et pourquoi ne pas vous informer surtout que je me sens très très coupable de ne rien écrire ici. Mais l’hiver a été très rude : 1/ énormément de soucis de bagnole depuis novembre (avec les frais qu’on imagine, dans les 3 500 pour le moment, et une boîte auto vidangée par mes soins, certes, mais qui préférait au fond assez clairement la vieille huile dégueu qui lui colmatait les fuites de pression – si vous avez des questions techniques, adressez-vous au père Scotty, qui m’avait prévenu…) ; 2/ psychologiquement parlant, la queue de comète de ma « séparation » qui a été quand même bien pesante même si ce n’était le plus souvent qu’en tâche de fond (m’enfin, ça y est, ça et d’autres choses – mon complexe du « mauvais élève », notamment, révélé par quelques soucis dans le monde de l’édition qui n’intéressent personne – m’ont poussé à me lancer dans une psychanalyse, les amis).

(Faisons pudiquement l’impasse sur 3/ la famille, vous ne m’en voudrez pas.)

Et toujours cette propension à la phrase tortueuse, comme on le voit.

Bref, je suis quand même descendu en décembre et grâce à l’aide précieuse de Julien B. puis d’Alexis (B. aussi) on a continué à faire place nette et à évacuer des gravats sous un putain de ciel bleu. Un séjour très agréable et productif, ma foi.

Allez, un peu de vidéo pour les masos, et à bientôt les poteaux :

Samedi 16 décembre 2023.
Dimanche 17 (promis,
on n’a pas fait de bruit).
Lundi 18.

La garbure reconstituante du lundi midi ! (Au Nid-Table, le resto de Mouthoumet.)

Premier anniversaire

Il y a un an, je récupérais les clés de cette maison hantée dans les Corbières dans laquelle j’ai passé depuis plusieurs semaines assez étonnantes. Pas le temps d’écrire ici, trop de boulot hélas, et pas mal de trucs familiaux à gérer ou affronter (la retraite de mon père hâtée après deux hospitalisations aux urgences en six semaines, par exemple : ça me remue méchamment, mine de rien), mais je voulais souffler une bougie quand même !

La maison est à droite. Le 31 juillet vers 11 heures du mat’, je partais rendre visite à cette bonne vieille déchetterie de Laroque, avec 200 kilos de carrelage.

C’est l’occasion de constater qu’il y a un an quand je vivais en Théorie je me faisais encore des promesses intenables (« terminer la plomberie » en mars, mouahaha). À force d’habiter dans la Pratique, j’ai vite compris qu’il ne fallait plus rien promettre ! Et que c’était très bien comme ça.

Pour fêter cette première année, je vais même m’ouvrir une bouteille de corbières ce soir devant le match Argentine–Nouvelle-Zélande, tiens. (Dernier verre à 22 heures : demain j’ai prise de sang à 10 heures !)

À la bonne vôtre et à bientôt, les amis !

Fantômette dans les Corbières

Orage stupéfiant le 27 juillet au soir, une des très rares nuits où je n’ai pas pu dormir dans la maison. Je me suis décidé à minuit pour aller pioncer au F1 de Perpignan. Ici le tout début du trajet, entre Davejean et Tuchan (col de Couise). J’ai mis deux heures pour arriver (au lieu d’une), le ciel semblait s’illuminer au-dessus de toute la région.

Je suis rentré des Corbières il y a plus d’un mois et je n’ai pas eu le temps (je ne l’ai toujours pas, en fait) de me mettre à l’écriture ici. Ça s’explique par deux raisons :

1/ Du boulot par-dessus la tête depuis fin août : sous-titrage, relecture/réécriture de bouquins, je plisse tellement mes yeux de petit vieux devant trop d’écrans (parce qu’en plus je me binge-watche la série Suits, vous allez comprendre au point 2 pourquoi cette drôle de décision) que je me suis même déclenché une sorte de conjonctivite pendant presque une semaine, très handicapante. Je n’ai pas le temps de faire le ménage, j’ai réussi à faire débroussailler le jardin, c’est déjà ça. Ce rush de boulot est malgré tout le bienvenu, il me permet d’envisager la fin de l’année sans trop de stress : j’ai claqué un fric monstrueux en carburant cet été. Treize mille bornes, les amis. C’est difficilement explicable, vu que j’étais censé vider trois tonnes de gravats par jour en solo dans ma maison des Corbières, et pas rouler comme un con de touriste entre les Pyrénées, l’Espagne et Montpellier, n’est-ce pas ?

Oui, mais il y avait le 2/ Je me suis fait balader-ghoster tout l’été par quelqu’un qui risque de lire ces lignes (et que je ne désabonnerai pas manu militari, vague mélange de principes et d’idiotie masochiste sans doute) et, je crois, est assez perchée pour se demander sincèrement (sans pour autant en perdre le sommeil, qu’on se rassure illico) pourquoi je ne réponds plus. Long story short : j’ai fini par réaliser que mon amie la plus proche, qui fut la première personne mise au courant, il y a un an et demi, de ce projet qui semblait même l’enthousiasmer, cette amie qui n’a pas cessé de me dire et de me montrer qu’elle m’aimait depuis des années, et dont je suis très intelligemment tombé amoureux au printemps dès qu’en gros j’ai pu émerger de la torpeur post-AVC (ça prend du temps, les amis), souffrait peut-être pas d’une psychose mais d’un manque terrifiant d’empathie. Le mot sociopathie m’est venu à l’esprit quand mon père a été hospitalisé il y a un mois en urgence et qu’elle n’a tout bonnement pas pensé une microseconde à me dire une chose aussi banale que « je pense à toi, bon courage », sans même rêver d’un « j’espère qu’il se remettra vite » ou, soyons fous, d’un « tu me manques, on se voit bientôt ? ». Elle a tout bonnement ignoré ce que je venais de lui dire et a disparu pendant une demi-heure, ne sortant de cet énième silence qu’après que j’eus craqué pour de bon, et en continuant à faire comme si je ne venais pas de lui dire que mon daron était aux urgences et que j’aurais bien apprécié un brin de chaleur humaine. (Mon père va mieux, merci pour lui.) Bref. Gros choc, grosse révélation, énième leçon stupéfiante sur la nature humaine, et donc gros soulagement au fond. Car cet épisode brutal ne fut que la cerise sur le gâteau de semaines de fuite molle et de silence angoissant. Et donc de souffrance, les gars, n’ayons pas peur des mots – j’en ai vu d’autres, et je m’en veux déjà de lui faire ce plaisir en l’avouant ici, mais elle m’a fait du mal de façon insidieuse et persistante tous les jours de cet été pas comme les autres, passé en gros à attendre un vrai signe d’affection de sa part. Ce qui fait que pour ne pas crever de solitude dans ma maison hantée (que j’adore !), j’ai un peu plus picolé que prévu au bar du village, rencontré plein de gens dont il faudra que je vous parle quand j’aurai enfin le temps de me poser (pas avant fin octobre j’en ai peur), et surtout, comme j’ai perpétuellement la bougeotte et que les Corbières, en été, appellent aussi aux vacances, eh bien j’ai assumé assez vite de faire de cet été un séjour vacances-travaux. Les autres types du village qui étaient sur leur chantier m’y ont même encouragé. Bon esprit. (Certains de ces types, notamment l’excellent L., seront sans aucun doute embauchés par mes soins au cours de l’année à venir.)

Après l’aller-retour, on redescend à 22. Heureusement qu’il y a peu de bornes. Mais la moyenne générale de l’été aura tourné à 15 litres aux 100. Ce V6 teuton picole comme un Polonais. D’ailleurs il tourne à l’éthanol, c’est-à-dire à la vodka, à peu de choses près.

J’ai néanmoins avancé sur la baraque, mais j’ai un petit problème d’ordre logistique : ma remorque est trop faiblarde, je vais devoir acheter un utilitaire genre Trafic pour pouvoir le charger en plusieurs fois et ne faire qu’un aller-retour par semaine à la déchetterie, et avec un véhicule qui ne consomme pas près de 30 litres aux 100 à froid (avec 500 kg au cul et sur des routes de petite montagne, certes, mais tout de même).

Or pour pouvoir acheter et assurer un véhicule, il faut que je fasse renouveler mon permis espagnol, l’administration française se montrant capricieuse, obstinée (et franchement mensongère – courtesy of le préfet de Nantes) et refusant de me produire un permis de conduire. Encore heureux que je n’aie jamais demandé l’échange de mon document espagnol depuis le temps. Mais ces choses ne sont valables que dix ans au-delà des Pyrénées, et le mien est donc caduque depuis 2021. Mon copain madrilène D. ayant accepté de me faire une attestation d’hébergement afin que je puisse ensuite effectuer les démarches idoines à la Dirección general de tráfico, je vais chez lui du 6 au 13 octobre. Ravi de revoir cette bonne vieille doña Madrid. Je dînerai avec mon vieux pote M., le champion de l’electro-pop « froide », à Barcelone le 5, autre grand plaisir, surtout que je vais rencontrer sa fille de deux ans.

Que les gens non dépourvus d’empathie élémentaire qui s’inquiéteraient peut-être de lire ces lignes un peu pleurnichardes se rassurent : j’ai quand même méchamment profité, la famille (mère, frères et sœur, et ma merveilleuse nièce) est venue me voir (ce qui m’a ralenti aussi) et deux copains sont venus m’aider, JC toujours fidèle au poste et Alexis (photo) avec qui on s’est fait un bon pique-nique après avoir viré 200 kg de carrelage le 7 août.

J’ai pris une heure pour pondre ces quelques explications sur mon silence – vous avez beau être peu nombreux à suivre ce blog de niche, je me sens vite coupable de ne pas tenir le rythme ! Mais la vie déborde, parfois.

Hasta luego, compañeros y compañeras !


* Pourquoi Suits ? Parce que ça parle d’avocats d’affaires, et que j’avais besoin, fin août, de voir des sociopathes en action, pour tenter de comprendre les signaux que j’avais ratés. Turns out qu’ils ont tous de l’empathie à revendre si on les compare à cette pauvre C. Putain de fable hollywoodienne !

Estimation de Fermi se rapportant au volume de gravats et au mal de dos corollaire

Une demi-douzaine comme ça, sans beurre persillé.

Le nom de ce savant italien m’a échappé pendant bien trop longtemps pour ne pas que je m’inquiète de la perte de mes neurones. Je venais de manger une pizza Chez Will, à Rennes-les-Bains, arrosée d’un verre de vin de Maury, et j’avais passé le repas à faire des calculs à la louche pour savoir ce qui m’attendait si je devais décaisser le sol de ma future salle de bain de 20 centimètres comme me le conseillait le type au demeurant très sympathique de chez ÉcoMaison, à Carcassonne, quand je lui ai expliqué que j’avais trouvé des escargots dans la maison, arrivés là (sans doute) avec l’eau ayant ruisselé par la cheminée après l’un des forts orages des jours précédant mon arrivée.

« Estimation de qui, bon sang ? Peano, c’est la théorie des ensembles… Barilla, c’est les pâtes au thon… Michelangelo, un remplaçant du Milan AC… Merde, c’est qui, déjà, le gars de l’estimation à la louche ? » Je savais que c’était un Italien. Comme souvent, ça m’est revenu quand j’ai arrêté de me creuser la tête, découvrant stupéfait (j’exagère un brin) au détour d’un virage le Bugarach sous un nuage, des bovins débonnaires apportant un peu de vie en bas du cadre, comme il se doit dans les photos vaguement intéressantes.

Or donc, Fermi est ce physicien italien qui a théorisé l’estimation éponyme (en fait, c’est Fermi qui est éponyme, mais vous n’allez pas me casser les burettes : je suis traducteur et on mettra mon imprécision sur le fait qu’en anglais eponymous s’utilise à l’envers*, épicétou). Une estimation de Fermi, c’est une façon de mesurer ou plutôt d’évaluer une grandeur en se simplifiant la vie au maximum (définition toute personnelle et qui n’engage pas le père Fermi) et en arrondissant tous les nombres au plus proche et, dans certains cas, au plus probable (26 devient 30, 1789 devient 2000, 123 devient 100 ou 150 ou 125, comme vous voulez, c’est ça qui est beau). Si comme moi on arrondit au plus « pessimiste » (au cran supérieur, si vous préférez), on obtient par exemple à l’apéro ce genre de calcul, déterminant le nombre de sacs de gravats pas trop remplis (pour se protéger le dos) nécessaires à évacuer l’intégralité de la terre déblayée du sol de la future salle de bain, et par conséquent (en fonction du temps effectif d’ouverture de la déchetterie ET du rythme de chargement/déchargement de la remorque, en sacs par heure) le nombre de jours qu’il me faudrait en théorie pour décaisser le sol et débarrasser les gravats :

Sachant qu’1 m3 de béton pèse 2,4 t (info glanée chez Point P en début de semaine) et qu’1 m3 d’eau pèse une seule tonne, j’estime à la louche que mille litres (1 m3) de terre devraient peser dans les 1,5 t. Un sac à demi rempli pour respecter mon dos pèse entre 30 et 45 kilos à vue de nez (l’étalon est ici le fût de bière de 30 litres, que je soulève sans trop souffrir mais en produisant un effort conséquent, et qui pèse déjà un certain poids de métal quand il est vide), donc disons 30 (vision pessimiste ; mais cette fois-ci il faut arrondir en dessous, on aura compris pourquoi : je me ménage le dos). Une tonne cinq = 1 500 kilos, divisés par 30, soit 50 sacs. À raison de 8 sacs (maximum accepté par la remorque) par heure (chargement, trajet, déchargement, trajet, pause hydratation), la déchetterie étant ouverte trois heures par demi-journée (et une demi-journée par jour d’ouverture, sauf le samedi), au mieux je peux bazarder 25 sacs par jour. En théorie, j’en aurais donc fini en deux jours, si j’avais un mètre cube de terre à virer, et des biceps à toute épreuve.

Mais, et c’est là que ça devient franchement la méga-poilade, comme aurait dit le père Gotlib, il se trouve que si je décaisse sur 20 centimètres une surface d’environ 15 m2, j’aurai en fait 3 m3 à virer. Ce qui représente désormais 3 x 2 = 6 jours, donc une semaine, et même deux si on prend en compte le fait que la déchetterie est fermée le mardi, le vendredi et le dimanche (et que j’ai tendance le samedi à faire des courses, une laverie, me reposer, sortir dans les soirées branchées du Minervois, etc.).

Ce qu’on se marre ! La suite au prochain numéro.

Demain matin, je vais chercher à Maisons, le bled d’à côté, un escabeau en alu à 25 euros. Ensuite, je me fais fort de remplir la remorque de toute la céramique de l’ancienne « salle de bain » (un chiotte, un lavabo, un receveur de douche) ainsi que les anciennes canalisations. On devrait alors y voir un peu plus clair. Enfin, moi. Vous, je ne sais pas.


* Ce qui est tout aussi imprécis, vu qu’en fait c’est même complètement faux : eponymous s’emploie dans les deux sens dans la langue de celui qui expire (William, of course).

Légers le pas et l’esprit

Je commence à me préparer mentalement et logistiquement pour mon troisième séjour dans les Corbières, qui sera le plus long de tous jusqu’ici puisque je n’envisage pas de rentrer avant la mi-août. Forcément, il fera moins froid que fin mars et dormir à l’arrache dans la maison sera bien plus facile. (J’achèterai un matelas plus sérieux en arrivant. Et j’ai perdu au moins cinq kilos depuis, donc le mal de dos sera bien moins handicapant.)

Heureusement, j’ai pu pousser jusqu’à la gare de La Souterraine, à seulement 1h30 de ma destination, et le bar en face était ouvert, j’ai pu y poireauter près de trois heures le temps d’être dépanné et de voir arriver un taxi payé par l’assurance. J’ai récupéré la chignole dix jours plus tard…

Je pars donc samedi 17 juin, remorque au cul, avec une voiture équipée de freins arrière neufs, de pneus neufs et d’une courroie d’accessoires neuve (après avoir vécu une panne sympathique sur l’autoroute le 27 mai : dans une courbe heureusement assez large, la direction s’est brusquement et méchamment durcie, le moteur a cessé de refroidir, la batterie se vidait à la vitesse grand V), bref, une voiture « neuve » de 380 000 bornes que j’adore et qui me rend vraiment beaucoup de services. La Benz, quoi. Ne s’est jamais aussi bien portée, elle aussi.

L’aventure commence cette fois par un barbecue de canard (miam) en Corrèze le samedi, escale de mi-parcours bienvenue chez C., qui fait de bien belles choses en céramique – puis je rendrai visite à ma mère et mon frère, et (ô joie) j’irai le 21 juin du côté de Tulle au spectacle de fin d’année de ma nièce adorée, que je n’ai pas vue depuis septembre dernier, avant de reprendre la route pour terminer la grande descente le 22 juin.

Mon frère et sa future femme (mariage le 30 septembre dans les Cévennes avec Bibi comme témoin !) m’y rejoignent le même jour jusqu’au samedi 24. Ils dormiront dans la chambre louée par l’ami D. à Villerouge et où j’ai séjourné avec Cl. la dernière fois, une valeur sûre à 50 euros la nuit.

J’ai par ailleurs encore du boulot de sous-titrage à finir avant le 26 juin, donc j’embarque mon ordinateur portable et tout le nécessaire pour travailler, comme d’habitude. Ça part un peu dans tous les sens, la tête entre le travail intellectuel-alimentaire d’un côté et les exigences physiques et logistiques de la démolition (pas possible de passer de l’un à l’autre sans prendre de douche par exemple, ni de laisser tourner un ordi dans la poussière d’un chantier, donc je ne peux pas faire de journée mixte, ce sera soit chantier soit travail de bureau), mais je commence à m’y habituer, et puis je n’ai pas le choix.

Comme je l’ai suggéré plus haut, j’ai enfin pris le taureau par les cornes il y a un peu moins de deux mois et j’ai arrêté le sucre et tout ce qui est fait à base de farine raffinée (tout ce qui fait varier la glycémie n’importe comment, en fait). Bref, je me suis mis au régime, assez soft (objectif entre 1800 et 2000 calories par jour, pour un métabolisme de base tournant autour des 2500), mais diablement efficace, et j’ai déjà perdu cinq kilos. (J’ajoute au classique menu hypocalorique un truc qui n’a aucune valeur scientifique avérée, et que j’ai pratiqué en M. Jourdain assez souvent : le jeûne intermittent. En gros, je ne mange rien avant midi. Effet placebo garanti.) Depuis déjà quelques semaines mon pas est beaucoup plus léger, mon esprit beaucoup plus clair et optimiste (avoir renoué avec ma mère et ma sœur joue sans aucun doute un grand rôle là-dedans) ; je serai donc plus efficace dans l’avenir tout proche, je crois. Et les finances, si elles ne sont pas au « beau fixe », il ne faut pas déconner, sont quand même largement au vert grâce à cette nouvelle agence qui m’a contacté il y a deux mois et demi quand j’étais encore dans le coin de Lagrasse : grâce à tout le boulot abattu en mai et en juin, j’ai de quoi voir venir, dépenses liées aux travaux comprises, au moins jusqu’à octobre.

Je peux donc m’autoriser un mois de juillet quasi entièrement consacré aux travaux !