Les cléclés dans la popoche

Jeudi dernier fut une journée intense. Après avoir déjeuné d’une seiche grillée à l’aïoli (une des tueries de Chez Bembe) en compagnie de mon ami Areski, je suis allé signer l’acte authentique de vente et j’ai donc récupéré ces deux clés un peu foireuses. Elles ne paient vraiment pas de mine, mais ces jumelles ouvrent bien la porte d’entrée de la maison.

Je les ai mises sur le porte-clés « Batman Lego » de la Mercos. Cherchez pas.

J’ai donc revu la maison pour la première fois depuis juillet : ce fut un petit choc. On a vite tendance à déformer la réalité, et j’ai retrouvé une cuisine plus sale et plus petite que dans mes souvenirs. J’ai vu plein de défauts que je n’avais pas vus lors de ma première visite : quand on est propriétaire, donc responsable (c’est ce qui est écrit dans les manuels, en tout cas), on devient forcément plus angoissé en ne trouvant pas l’endroit où faire passer la plomberie, ou en voyant des fissures dans les murs. Comme me l’a rappelé A., c’est sur un mur mitoyen, et ces maisons sont âgées et tiennent debout depuis plusieurs siècles (un et demi, disons, à vue de nez). Il s’agit très probablement d’une fissure dans l’enduit de plâtre qui recouvre le mur à proprement parler. Dans le revêtement, quoi. Donc rien du tout.

Mais vous voyez le topo : les choses deviennent concrètes. Cette première semaine de démolition s’est brusquement mise à m’angoisser dans les grandes largeurs : à deux, ou même tout seul, est-ce qu’on va y arriver ? par où commencer ? et toute cette sorte de choses.

Le soir, j’ai dîné à Alès avec mon frangin, et on a sablé le champagne dans un resto qui fleurait bon la gastronomie subtile et raffinée à la française : le Steakhouse. Le point d’orgue du repas fut le dessert : une tranche de brioche perdue sur laquelle avaient dégueulé de concert un pot de Nutella ET un flacon de sauce au chocolat. Joli dégradé cacateux, au goût sucré. Avec la boule de glace vanille, ce fut un grand moment de régression.

J’ai ensuite pris sur Booking.com et au dernier moment, comme j’aime faire (ça force à des improvisations amusantes), un petit gîte sympa mais en pleine cambrousse, à Aujac, sur le versant oriental du mont Lozère, ce que je n’avais pas réalisé en réservant. Cinquante kilomètres de route sous le vent, la flotte et sur des pentes à 15 % pour finir : un vrai plaisir de routard solitaire. En me couchant, j’ai vu la lumière et pris la décision fondamentale qui a chassé l’angoisse qui commençait à sérieusement m’emmerder : dès que la température moyenne des nuits dans les Corbières sera compatible avec la survie d’un organisme vivant pesant un quintal et fourré sous une bonne épaisseur de couette, c’est-à-dire au mois de mars, je camperai sur place pour avancer plus vite sur les premiers travaux sans avoir à claquer tout mon salaire en essence et en hébergement. Faire un aller-retour mensuel de 1 500 bornes pour à peine une semaine sur place, c’était complètement illusoire, mais il fallait que les choses se concrétisent pour que je le comprenne. C’est bon, j’ai compris. En mars, j’attaque et je termine le réseau de plomberie, que ça me prenne deux, trois ou quatre semaines.

J’aurai descendu le strict minimum pour continuer à accepter des commandes de boulot : une table, mon fauteuil de bureau, mon ordinateur portable. Je crois que d’aucuns appellent ça être un digital nomad, bienvenue à Branleurland les amis !

Bref, je serai partagé à mi-temps environ entre Loir-et-Cher et Corbières plus tôt que prévu, et ça me convient parfaitement. Du coup, j’informerai ici simplement à partir du printemps prochain de mes dates de présence sur place, et celles et ceux qui voudront venir me voir n’auront qu’à se caler dessus. C’est beaucoup plus simple que d’organiser de courts séjours tendus en essayant de concilier les emplois du temps de trois ou quatre personnes et de ne pas perdre trop de temps en allers-retours à la gare, ce qui était assez angoissant car mine de rien je déteste harceler les gens, surtout des amis qui ont le bon goût et la gentillesse de m’aider.

En tout cas, ça y est, ça s’est décanté pour cette première semaine qui approche, je sais aujourd’hui combien on sera pour cette démolition : quatre (avec parité de genre) et cinq certains jours si A. se libère ! Ça fait plaisir, vraiment. J’avais aussi un peu l’angoisse qui montait à l’idée d’attaquer tout seul, je ne vous le cache pas. Il y a quand même pas mal de trucs à évacuer. Et puis, plus on est de fous…

Ah, j’oubliais : avant de quitter le coin jeudi dernier, je suis allé repérer la déchetterie (qu’ils orthographient déchèterie, c’est la mode ; je resterai dans mes bottes old school habituelles, et puis j’ai encore vu quelques panneaux ici et là qui conservaient l’orthographe traditionnelle, il y aurait beaucoup à dire sur l’harmonisation de l’orthographe au sein des DDE, ce dont vous vous foutez comme de votre première bronchite, je le sais bien).

Voilà donc où nous balancerons nos gravats et autres vieilles cuvettes de chiottes : au milieu du désert. On se croirait dans Breaking Bad, c’est magnifique :

Toi, tu vas apprendre à me connaître.

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