Final Frontier

Le projet va se transformer, forcément. Depuis le 26 avril, tout a changé. De nombreuses démarches me retiennent depuis — et jusqu’au moins le mois de novembre — bien plus au nord, entre Paris et la Corrèze, notamment le chantier de rénovation de l’ancien cabinet de mon père, à surveiller de près vu que mon naïf de daron s’était bien fait arnaquer et n’en aurait rien su s’il n’avait pas décidé de mourir (insondable absurdité de cette phrase).

J’ai quand même réussi à descendre dans les Corbières en août, dormi quelques nuits dans la maison — rien à voir avec les deux longs mois passés sur place l’an dernier — et obtenu un premier devis à 10 000 euros pour faire remplacer l’intégralité des fenêtres et des deux portes donnant sur la rue et la ruelle. C’est beaucoup moins cher que ce que j’imaginais, avec toute la reprise de maçonnerie nécessaire. Je vais sans doute accepter ce devis et si tout va bien les menuiseries auront été remplacées, et le plancher pourri entre les deux étages abattu, avant la fin de cette année.

Ensuite, je mettrai selon toute vraisemblance, avec un petit pincement au cœur, la maison en vente, et je passerai à un projet plus à la mesure du jeune quinqua célibataire que je suis, et surtout plus en adéquation avec mon mode de vie, qui est nomade de facto.

Car où se poser, au fond, quand on est comme moi ? En tout cas, pas dans ce minuscule bled des Hautes Corbières, qui a perdu tout son attrait à mes yeux, macérant qu’il est dans la folie, juste derrière la frontière de la civilisation, c’est-à-dire un peu au-dessus de Féline-Termenès.

La Taverne de Villerouge, elle, me reverra encore souvent, c’est certain.

Papa

Mon père est mort le 26 avril dernier (sans doute la veille, en fait), installé en PLS dans sa cabine de douche, et sans rictus de souffrance sur le visage, selon ma sœur, qui l’a trouvé. Il a sans doute cru (parmi une demi-douzaine d’autres, c’est la théorie de ma mère, et je la choisis car non seulement elle est très crédible mais en plus elle est apaisante pour l’esprit) qu’il allait faire une seconde crise d’épilepsie après la première subie en octobre, et se sera installé en position latérale de sécurité pour ne pas se faire mal, après avoir posé son bol de café et ses lunettes sur le bord du lavabo. Puis il a succombé à une hémorragie cérébrale.

Tout a changé. Je vais continuer cette maison, bien sûr, je ne sais pas jusqu’à quand, son tout petit prix d’achat me permet de la revendre à n’importe quelle étape de la rénovation sans perdre d’argent. Je n’ai pas les idées assez claires à son sujet. Je vais demander des devis pour le remplacement de toutes les menuiseries extérieures, car il était illusoire de penser que je pourrais les faire seul en moins de cinq ans avec tout le boulot que la vie m’impose par ailleurs. Je vais aussi demander des devis et/ou contacter des artisans sur place pour s’occuper des deux petites chapes à réaliser, et du placo. Je pense que je ne m’occuperai vraiment seul que de la plomberie et de l’électricité. C’est déjà pas mal.

Pour l’instant, mon père me manque terriblement et je suis en état de sidération : je fais tout ce qu’il y a à faire, et il y a beaucoup de démarches à faire après le décès de son père, mais dès que je me retrouve seul, je dors et je regarde des vidéos sur YouTube, en gros. Je me laisse quelques semaines de repos (tout relatif : je continue à bosser pour ma pitance) avant de repartir de l’avant.

Je pense que je redescendrai dans les Corbières fin juin. J’y serai en tout cas une partie du mois de juillet et du mois d’août (aller-retour obligatoire à Chartres le 23 juillet pour une épreuve d’effort de routine).

Dites à vos parents que vous les aimez – et ce que vous leur devez – si ce n’est pas déjà fait. J’ai eu la chance que mon père se délivre de lourds fardeaux avant de partir. C’était en novembre dernier. Comme s’il savait qu’il était au bout du rouleau. J’ai 50 ans et je comprends depuis très peu de temps pourquoi tant de choses ont eu lieu qui m’ont tant compliqué la vie, et que j’attribuais à de la malchance (composante génétique de la dépression, loterie de l’ADN, tout ça). Papa, tu m’as donné la clé. Et puis tu es parti.

Bref. À moi de me démerder avec cette perte, maintenant.

À bientôt les amis.

Le papier peint, c’est bon quand ça part tout seul

Que fait cet article ici, me direz-vous ?

Je n’en suis pas du tout au papier peint dans les Corbières, non. D’ailleurs je n’en mettrai pas, on n’est plus en 1986, me semble-t-il.

En revanche j’en ai enlevé cet aprem dans les toilettes de la maison que j’habite toujours dans le Loir-et-Cher, et donc pourquoi ne pas vous tenir informé du fait que je refais mes chiottes à l’approche de mes 50 ans (mercredi), hein ? Je vais apprendre à carreler pour l’occasion, ce qui me servira là-bas au moment de faire ma belle douche à l’italienne.

Plus de 2 000 balles pour que la voiture reconnaisse sa clé à nouveau (novembre dernier).

Et pourquoi ne pas vous informer surtout que je me sens très très coupable de ne rien écrire ici. Mais l’hiver a été très rude : 1/ énormément de soucis de bagnole depuis novembre (avec les frais qu’on imagine, dans les 3 500 pour le moment, et une boîte auto vidangée par mes soins, certes, mais qui préférait au fond assez clairement la vieille huile dégueu qui lui colmatait les fuites de pression – si vous avez des questions techniques, adressez-vous au père Scotty, qui m’avait prévenu…) ; 2/ psychologiquement parlant, la queue de comète de ma « séparation » qui a été quand même bien pesante même si ce n’était le plus souvent qu’en tâche de fond (m’enfin, ça y est, ça et d’autres choses – mon complexe du « mauvais élève », notamment, révélé par quelques soucis dans le monde de l’édition qui n’intéressent personne – m’ont poussé à me lancer dans une psychanalyse, les amis).

(Faisons pudiquement l’impasse sur 3/ la famille, vous ne m’en voudrez pas.)

Et toujours cette propension à la phrase tortueuse, comme on le voit.

Bref, je suis quand même descendu en décembre et grâce à l’aide précieuse de Julien B. puis d’Alexis (B. aussi) on a continué à faire place nette et à évacuer des gravats sous un putain de ciel bleu. Un séjour très agréable et productif, ma foi.

Allez, un peu de vidéo pour les masos, et à bientôt les poteaux :

Samedi 16 décembre 2023.
Dimanche 17 (promis,
on n’a pas fait de bruit).
Lundi 18.

La garbure reconstituante du lundi midi ! (Au Nid-Table, le resto de Mouthoumet.)

Fantômette dans les Corbières

Orage stupéfiant le 27 juillet au soir, une des très rares nuits où je n’ai pas pu dormir dans la maison. Je me suis décidé à minuit pour aller pioncer au F1 de Perpignan. Ici le tout début du trajet, entre Davejean et Tuchan (col de Couise). J’ai mis deux heures pour arriver (au lieu d’une), le ciel semblait s’illuminer au-dessus de toute la région.

Je suis rentré des Corbières il y a plus d’un mois et je n’ai pas eu le temps (je ne l’ai toujours pas, en fait) de me mettre à l’écriture ici. Ça s’explique par deux raisons :

1/ Du boulot par-dessus la tête depuis fin août : sous-titrage, relecture/réécriture de bouquins, je plisse tellement mes yeux de petit vieux devant trop d’écrans (parce qu’en plus je me binge-watche la série Suits, vous allez comprendre au point 2 pourquoi cette drôle de décision) que je me suis même déclenché une sorte de conjonctivite pendant presque une semaine, très handicapante. Je n’ai pas le temps de faire le ménage, j’ai réussi à faire débroussailler le jardin, c’est déjà ça. Ce rush de boulot est malgré tout le bienvenu, il me permet d’envisager la fin de l’année sans trop de stress : j’ai claqué un fric monstrueux en carburant cet été. Treize mille bornes, les amis. C’est difficilement explicable, vu que j’étais censé vider trois tonnes de gravats par jour en solo dans ma maison des Corbières, et pas rouler comme un con de touriste entre les Pyrénées, l’Espagne et Montpellier, n’est-ce pas ?

Oui, mais il y avait le 2/ Je me suis fait balader-ghoster tout l’été par quelqu’un qui risque de lire ces lignes (et que je ne désabonnerai pas manu militari, vague mélange de principes et d’idiotie masochiste sans doute) et, je crois, est assez perchée pour se demander sincèrement (sans pour autant en perdre le sommeil, qu’on se rassure illico) pourquoi je ne réponds plus. Long story short : j’ai fini par réaliser que mon amie la plus proche, qui fut la première personne mise au courant, il y a un an et demi, de ce projet qui semblait même l’enthousiasmer, cette amie qui n’a pas cessé de me dire et de me montrer qu’elle m’aimait depuis des années, et dont je suis très intelligemment tombé amoureux au printemps dès qu’en gros j’ai pu émerger de la torpeur post-AVC (ça prend du temps, les amis), souffrait peut-être pas d’une psychose mais d’un manque terrifiant d’empathie. Le mot sociopathie m’est venu à l’esprit quand mon père a été hospitalisé il y a un mois en urgence et qu’elle n’a tout bonnement pas pensé une microseconde à me dire une chose aussi banale que « je pense à toi, bon courage », sans même rêver d’un « j’espère qu’il se remettra vite » ou, soyons fous, d’un « tu me manques, on se voit bientôt ? ». Elle a tout bonnement ignoré ce que je venais de lui dire et a disparu pendant une demi-heure, ne sortant de cet énième silence qu’après que j’eus craqué pour de bon, et en continuant à faire comme si je ne venais pas de lui dire que mon daron était aux urgences et que j’aurais bien apprécié un brin de chaleur humaine. (Mon père va mieux, merci pour lui.) Bref. Gros choc, grosse révélation, énième leçon stupéfiante sur la nature humaine, et donc gros soulagement au fond. Car cet épisode brutal ne fut que la cerise sur le gâteau de semaines de fuite molle et de silence angoissant. Et donc de souffrance, les gars, n’ayons pas peur des mots – j’en ai vu d’autres, et je m’en veux déjà de lui faire ce plaisir en l’avouant ici, mais elle m’a fait du mal de façon insidieuse et persistante tous les jours de cet été pas comme les autres, passé en gros à attendre un vrai signe d’affection de sa part. Ce qui fait que pour ne pas crever de solitude dans ma maison hantée (que j’adore !), j’ai un peu plus picolé que prévu au bar du village, rencontré plein de gens dont il faudra que je vous parle quand j’aurai enfin le temps de me poser (pas avant fin octobre j’en ai peur), et surtout, comme j’ai perpétuellement la bougeotte et que les Corbières, en été, appellent aussi aux vacances, eh bien j’ai assumé assez vite de faire de cet été un séjour vacances-travaux. Les autres types du village qui étaient sur leur chantier m’y ont même encouragé. Bon esprit. (Certains de ces types, notamment l’excellent L., seront sans aucun doute embauchés par mes soins au cours de l’année à venir.)

Après l’aller-retour, on redescend à 22. Heureusement qu’il y a peu de bornes. Mais la moyenne générale de l’été aura tourné à 15 litres aux 100. Ce V6 teuton picole comme un Polonais. D’ailleurs il tourne à l’éthanol, c’est-à-dire à la vodka, à peu de choses près.

J’ai néanmoins avancé sur la baraque, mais j’ai un petit problème d’ordre logistique : ma remorque est trop faiblarde, je vais devoir acheter un utilitaire genre Trafic pour pouvoir le charger en plusieurs fois et ne faire qu’un aller-retour par semaine à la déchetterie, et avec un véhicule qui ne consomme pas près de 30 litres aux 100 à froid (avec 500 kg au cul et sur des routes de petite montagne, certes, mais tout de même).

Or pour pouvoir acheter et assurer un véhicule, il faut que je fasse renouveler mon permis espagnol, l’administration française se montrant capricieuse, obstinée (et franchement mensongère – courtesy of le préfet de Nantes) et refusant de me produire un permis de conduire. Encore heureux que je n’aie jamais demandé l’échange de mon document espagnol depuis le temps. Mais ces choses ne sont valables que dix ans au-delà des Pyrénées, et le mien est donc caduque depuis 2021. Mon copain madrilène D. ayant accepté de me faire une attestation d’hébergement afin que je puisse ensuite effectuer les démarches idoines à la Dirección general de tráfico, je vais chez lui du 6 au 13 octobre. Ravi de revoir cette bonne vieille doña Madrid. Je dînerai avec mon vieux pote M., le champion de l’electro-pop « froide », à Barcelone le 5, autre grand plaisir, surtout que je vais rencontrer sa fille de deux ans.

Que les gens non dépourvus d’empathie élémentaire qui s’inquiéteraient peut-être de lire ces lignes un peu pleurnichardes se rassurent : j’ai quand même méchamment profité, la famille (mère, frères et sœur, et ma merveilleuse nièce) est venue me voir (ce qui m’a ralenti aussi) et deux copains sont venus m’aider, JC toujours fidèle au poste et Alexis (photo) avec qui on s’est fait un bon pique-nique après avoir viré 200 kg de carrelage le 7 août.

J’ai pris une heure pour pondre ces quelques explications sur mon silence – vous avez beau être peu nombreux à suivre ce blog de niche, je me sens vite coupable de ne pas tenir le rythme ! Mais la vie déborde, parfois.

Hasta luego, compañeros y compañeras !


* Pourquoi Suits ? Parce que ça parle d’avocats d’affaires, et que j’avais besoin, fin août, de voir des sociopathes en action, pour tenter de comprendre les signaux que j’avais ratés. Turns out qu’ils ont tous de l’empathie à revendre si on les compare à cette pauvre C. Putain de fable hollywoodienne !