J’ai un voisin maçon

Et même deux. Qui sont tous deux venus me voir sur le chantier de la maison le mardi 8 novembre. Ça m’a fait beaucoup de bien. Car ils ont en quelque sorte validé ma démarche et m’ont permis de faire taire un peu la petite voix qui aime bien m’agacer avec ses « tu serais pas un peu dingue de te lancer là-dedans à ton âge et à plus de sept heures de route de chez toi ? ». Je vous explique ce que m’a dit N., le premier de mes voisins maçons, qui m’a aussi très généreusement prêté, sans que je ne lui demande rien, une scie à métaux, pour virer un vieux tuyau m’empêchant d’abattre une cloison, et une grosse poubelle bien utile pour les gravats.

Un premier vrai aperçu pour vous de l’étendue du boulot.

Mais d’abord, le contexte. L’une des toutes premières choses que j’ai faites, le lundi 7, donc la veille, et juste après avoir contracté une assurance, fut d’envoyer la vidéo ci-contre à mes deux copines architectes, à défaut de pouvoir leur montrer les choses en vrai. Camille m’a répondu d’y aller prudemment, après avoir étayé et vérifié s’il y avait du poids au-dessus. Je me sentais donc prêt à aller chercher des étais le mardi et à entamer ce boulot crucial à mes yeux.

Le mardi, Alex s’attaque donc avec Vérène à la douche pourrie, moi je vais faire un aller-retour d’une bonne heure à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse pour aller prendre possession de la scie sabre que j’ai commandée en ligne et avec laquelle j’envisage de découper le pourtour de la cloison avant de taper dedans. L’après-midi, je me prépare à passer à l’attaque lorsque se pointe donc le voisin, un type super sympathique qui me demande d’emblée si je suis disponible pour un repas de quartier avec tous les autres tarés qui retapent leur baraque dans le village (une demi-douzaine environ, trentenaires, jeunes et vieux quadras, d’après ce que j’ai pu constater). Me voilà déjà intégré au club, ça fait chaud au cœur et j’ai hâte de pouvoir discuter avec tous ces gens.

Le premier rang : vibrations pas très agréables, peur d’ébranler la maison (quand je vous dis que je suis prudent…) ; ensuite, c’est comme faire péter du pop-corn.

Comme N. me propose ensuite son aide (théorique : il ne peut plus bosser suite à une hernie discale), je saisis la balle au bond et je lui pose toutes les questions qui me tracassent. Au rez-de-chaussée, il y a donc la cloison que je m’apprête à péter et au sujet de laquelle Camille m’a plutôt rassuré, tout en m’indiquant qu’il fallait que je pose des étais par souci de prudence. Pour N., j’ai l’impression que les étais sont superflus, mais il me demande d’aller voir au-dessus ce qu’il y a. Au premier étage donc, dans l’alignement de la fameuse cloison, il y a un placard dont la cloison extérieure, très courte (60-70 centimètres à vue de nez, bref, c’est un placard), est en briques plâtrières elle aussi. Il m’explique que de toute façon, que je garde le placard ou pas (a priori je vais le virer), il me faudra commencer par désolidariser le haut de la mini-cloison en briques du placard de la poutre qui semble reposer dessus, afin d’annuler le report de charge de la poutre vers cette cloison puis celle du couloir qui est en dessous (celle que je veux sauvagement défoncer, mais en fait pas si sauvagement, je crois que vous avez compris que si je ne l’ai pas encore abattue, c’est parce que je suis au contraire très prudent). Je cite de mémoire, et j’ai la mémoire visuelle de la situation, mais quoi qu’il en soit je lui redemanderai confirmation de tout ça quand je redescendrai. En revanche, il me conseille d’abattre sans attendre la cloison du couloir en partant de l’entrée, à droite de la porte de la cuisine (raisonnement : pour le coup, il n’y a rien au-dessus), ce que je fais donc illico dans l’après-midi.

La cloison est cassée, encadrement de porte compris. Photo prise le samedi 12 juste avant de refermer la maison. À droite, le halo de lumière, c’est la porte d’entrée.

Détruire une cloison, c’est le pied, une fois surmontée la légère angoisse qui te susurre « et si ça se casse la gueule, c’est quoi le plan ? ». C’est bien pour ça que je suis content d’avoir l’avis d’un pro, qui a lui-même retapé sa maison dix mètres plus loin. Bref, casser, c’est fort agréable. Le premier rang en partant du haut du mur est un peu violent, mais une fois que c’est fait, c’est un ou deux coups maximum pour faire tomber chaque brique entière au sol. Pourquoi aime-t-on tant la destruction ? Déjà à l’époque des travaux du bar, ça avait été tellement jouissif de tout péter, de faire place nette. Repartir sur des bases saines, quoi.

La cloison est donc tombée. Ça fait un très beau trou. Je peux déjà davantage me projeter dans cet espace, la cuisine s’agrandit et s’éclaircit. Way to go! comme ils disent, ces cons-là.

Alex finira de péter au-dessus de la porte (l’imposte, je crois que ça s’appelle) et j’achèverai la porte elle-même à la scie sabre (bon matos !), par le milieu, pour qu’elle puisse tenir dans la remorque. (Oui, après quelques instants de réflexion, j’ai décidé de me débarrasser des portes, qui n’ont rien de fantastique et sont de toute façon gondolées comme c’est pas permis.)

J’aurais pu tout faire tomber avant la fin de la semaine,
en effet, mais j’avais oublié un truc fondamental :
casser, ça prend en effet cinq minutes. Ramasser,
évacuer, ça prend dix fois plus de temps. Je devrai
donc finir de péter cette cloison en janvier.

Mais N. a aussi (et surtout) répondu à ma seconde angoisse, celle qui concernait le plancher pourri que je dois remplacer entre les deux étages supérieurs. Depuis le début du projet, je sais que je ne pourrai pas faire ça, que je vais donc faire appel à un professionnel : soit un maçon à son compte, soit une boîte de BTP. Selon K., qui m’a vendu la maison et dont le mari retape aussi une maison dans la rue, il faut remplacer cette merde vermoulue par un plancher en béton. Dès le mois de juillet, j’ai chiffré ça un peu à l’arrache à 5 000 euros. Un budget généralement considéré comme réaliste par mes différents interlocuteurs depuis cet été.

Au début, je comptais m’occuper moi-même de la démolition du plancher existant – et ne faire appel aux maçons que pour poser le nouveau plancher en poutrelles et hourdis. Mais avec Claire, dès le lundi, on est tombés d’accord sur l’impossibilité de la chose, sur son danger en fait : elle voyait le bout de dalle béton affaissé, et elle l’imaginait venir tomber d’un coup et ébranler le plancher du premier étage (alias le plafond de la cuisine). Vision d’apocalypse. J’ai donc abandonné l’idée de m’occuper de ça en cette première semaine de travaux, ce qui explique pourquoi la plateforme louée chez Kiloutou Narbonne ne m’aura servi à rien : c’était sa mission.

N. m’a décomplexé, et grandement rassuré. Parce qu’envisager un tel chantier globalement, sans le décortiquer, c’est l’angoisse pure. Mais quand on m’explique bien les choses, je sais décortiquer, faire pas à pas, objectif intermédiaire après objectif intermédiaire. Le danger d’écroulement pointé par Claire ? Peanuts! répond N.

— Ben tu étayes, justement. T’en mets deux là, deux là, deux là, et tu les bouges au fur et à mesure que tu avances. Pour être bien à l’aise, tu achètes un tréteau de maçon, un truc qui vaut 60 balles, pour pouvoir bosser à la bonne hauteur, les couilles toujours au niveau du plafond, histoire de ne pas se blesser.

Sur la photo du bas (on est alors dos à la fenêtre de celle du haut), on voit à droite le trou dans le plancher par lequel commencer la démolition, « les couilles à hauteur de (…) », etc.

Oui, il faudrait une image, pour vous. Attendez, je dois avoir ça (j’ai : à droite, les photos de l’annonce immobilière). En gros, il y a déjà un gros trou dans le plancher, ce qui fait qu’on peut l’abattre solive par solive à la main, avec sans doute la scie sabre, une massette et un burin (il y a du bois et du mortier, en gros, là-dedans). Quoi qu’il en soit, je vais pouvoir abattre moi-même ce plancher, comme je l’envisageais. Et ça, c’est une excellente nouvelle, sans doute la meilleure de cette première semaine. Parce qu’en plus de ça, N. a eu le bon goût de me dire :

– Tu devrais faire en bois. Le béton, ici, c’est ultra galère pour le camion-toupie, donc c’est cher, sans parler des délais. Fais en bois, et fais toi-même.

Le mec m’avait devant les yeux : plus de première fraîcheur le Toto Lachôme, avec un bide certainement handicapant. Eh bien il m’a pourtant jugé apte à faire mon plancher. Ça n’a pas semblé être un sujet de préoccupation particulier. Peut-être que je me sous-estimais. C’est difficile à dire. D’un côté, on se croit capable de tout, à son rythme ; de l’autre, on a peur de tout rater. C’est humain. Mais le gars N. m’a validé en tant qu’autorénovateur (on dit comme ça, apparemment, dans le jargon) et ça, ça fait bien plaisir.

Je m’étais déjà pas mal renseigné sur la faisabilité d’un plancher en hourdis et poutrelles béton (le visionnage des vidéos du Franchement comtois m’avait bien inspiré à ce sujet, d’ailleurs), et rien ne me faisait vraiment peur sauf une chose : l’accessibilité. Faire entrer les poutrelles en béton en diagonale par une petite fenêtre, les faire pivoter à l’intérieur de la pièce puis les placer, à deux ou même à trois personnes, ça me semblait quand même sacrément délicat surtout pour un débutant formé sur YouTube. En bois, selon N., c’est beaucoup plus simple (en plus d’être dans l’esprit d’une vieille maison, évidemment). Il y aura des calculs à faire, je mobiliserai certainement le bureau d’études de mon oncle, et je ne lésinerai pas sur la section des poutres. Je vais en parler à mon petit frangin et on va se faire ça l’an prochain, je crois bien. Il y a de quoi économiser au moins 3 000 euros, et ça aussi, c’est une excellente nouvelle. Et s’il faut passer deux semaines à poser trois poutres, so be it.

En cette première semaine, on n’a pas avancé autant que je l’aurais cru (cru, pas voulu : il n’est pas question de se mettre la pression avec un chronomètre) mais ces bonnes nouvelles concernant mon plancher, ainsi que l’état des poutres qui semble bon partout à première vue (les termites ont fait leurs petits dégâts mais se sont barrés, donc il n’y a plus qu’à traiter), c’est génial. Et puis on a quand même balancé des tas de gravats, c’est déjà ça. Vous avez déjà entendu parler du mystère des sacs à gravats volants ? Non ? Bon, c’est pour le prochain article.

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