
Le nom de ce savant italien m’a échappé pendant bien trop longtemps pour ne pas que je m’inquiète de la perte de mes neurones. Je venais de manger une pizza Chez Will, à Rennes-les-Bains, arrosée d’un verre de vin de Maury, et j’avais passé le repas à faire des calculs à la louche pour savoir ce qui m’attendait si je devais décaisser le sol de ma future salle de bain de 20 centimètres comme me le conseillait le type au demeurant très sympathique de chez ÉcoMaison, à Carcassonne, quand je lui ai expliqué que j’avais trouvé des escargots dans la maison, arrivés là (sans doute) avec l’eau ayant ruisselé par la cheminée après l’un des forts orages des jours précédant mon arrivée.
« Estimation de qui, bon sang ? Peano, c’est la théorie des ensembles… Barilla, c’est les pâtes au thon… Michelangelo, un remplaçant du Milan AC… Merde, c’est qui, déjà, le gars de l’estimation à la louche ? » Je savais que c’était un Italien. Comme souvent, ça m’est revenu quand j’ai arrêté de me creuser la tête, découvrant stupéfait (j’exagère un brin) au détour d’un virage le Bugarach sous un nuage, des bovins débonnaires apportant un peu de vie en bas du cadre, comme il se doit dans les photos vaguement intéressantes.

Or donc, Fermi est ce physicien italien qui a théorisé l’estimation éponyme (en fait, c’est Fermi qui est éponyme, mais vous n’allez pas me casser les burettes : je suis traducteur et on mettra mon imprécision sur le fait qu’en anglais eponymous s’utilise à l’envers*, épicétou). Une estimation de Fermi, c’est une façon de mesurer ou plutôt d’évaluer une grandeur en se simplifiant la vie au maximum (définition toute personnelle et qui n’engage pas le père Fermi) et en arrondissant tous les nombres au plus proche et, dans certains cas, au plus probable (26 devient 30, 1789 devient 2000, 123 devient 100 ou 150 ou 125, comme vous voulez, c’est ça qui est beau). Si comme moi on arrondit au plus « pessimiste » (au cran supérieur, si vous préférez), on obtient par exemple à l’apéro ce genre de calcul, déterminant le nombre de sacs de gravats pas trop remplis (pour se protéger le dos) nécessaires à évacuer l’intégralité de la terre déblayée du sol de la future salle de bain, et par conséquent (en fonction du temps effectif d’ouverture de la déchetterie ET du rythme de chargement/déchargement de la remorque, en sacs par heure) le nombre de jours qu’il me faudrait en théorie pour décaisser le sol et débarrasser les gravats :
Sachant qu’1 m3 de béton pèse 2,4 t (info glanée chez Point P en début de semaine) et qu’1 m3 d’eau pèse une seule tonne, j’estime à la louche que mille litres (1 m3) de terre devraient peser dans les 1,5 t. Un sac à demi rempli pour respecter mon dos pèse entre 30 et 45 kilos à vue de nez (l’étalon est ici le fût de bière de 30 litres, que je soulève sans trop souffrir mais en produisant un effort conséquent, et qui pèse déjà un certain poids de métal quand il est vide), donc disons 30 (vision pessimiste ; mais cette fois-ci il faut arrondir en dessous, on aura compris pourquoi : je me ménage le dos). Une tonne cinq = 1 500 kilos, divisés par 30, soit 50 sacs. À raison de 8 sacs (maximum accepté par la remorque) par heure (chargement, trajet, déchargement, trajet, pause hydratation), la déchetterie étant ouverte trois heures par demi-journée (et une demi-journée par jour d’ouverture, sauf le samedi), au mieux je peux bazarder 25 sacs par jour. En théorie, j’en aurais donc fini en deux jours, si j’avais un mètre cube de terre à virer, et des biceps à toute épreuve.
Mais, et c’est là que ça devient franchement la méga-poilade, comme aurait dit le père Gotlib, il se trouve que si je décaisse sur 20 centimètres une surface d’environ 15 m2, j’aurai en fait 3 m3 à virer. Ce qui représente désormais 3 x 2 = 6 jours, donc une semaine, et même deux si on prend en compte le fait que la déchetterie est fermée le mardi, le vendredi et le dimanche (et que j’ai tendance le samedi à faire des courses, une laverie, me reposer, sortir dans les soirées branchées du Minervois, etc.).
Ce qu’on se marre ! La suite au prochain numéro.
Demain matin, je vais chercher à Maisons, le bled d’à côté, un escabeau en alu à 25 euros. Ensuite, je me fais fort de remplir la remorque de toute la céramique de l’ancienne « salle de bain » (un chiotte, un lavabo, un receveur de douche) ainsi que les anciennes canalisations. On devrait alors y voir un peu plus clair. Enfin, moi. Vous, je ne sais pas.
* Ce qui est tout aussi imprécis, vu qu’en fait c’est même complètement faux : eponymous s’emploie dans les deux sens dans la langue de celui qui expire (William, of course).
tu me file le tournis avec tous ces zig zag mathématiques qui à la réflexion, te vont bien…Souvenir soudain de notre camaraderie au sein du collège « El Villagio » en 3eme (ou 4eme ?). J’avais un an de retard, tu en avais un d’avance et le fait que tu me souffle les résultats à reporter en douce sur ma copie m’ont souvent épargné du zéro pointé en math justement…The one and only Thomas Lachome. Je note tes dates de présence dans mon agenda,mon mois de juillet sera canadien mais pas aout… on finira bien par y arriver. Tchuss . Julien D
Oui ça zigzague un peu dans ma tête aussi… Hier je suis allé à Perpignan acheter des étais sur Le Bon Coin pour pas que le compte en banque ait le tournis justement… Bon Canada l’ami !