Fantômette dans les Corbières

Orage stupéfiant le 27 juillet au soir, une des très rares nuits où je n’ai pas pu dormir dans la maison. Je me suis décidé à minuit pour aller pioncer au F1 de Perpignan. Ici le tout début du trajet, entre Davejean et Tuchan (col de Couise). J’ai mis deux heures pour arriver (au lieu d’une), le ciel semblait s’illuminer au-dessus de toute la région.

Je suis rentré des Corbières il y a plus d’un mois et je n’ai pas eu le temps (je ne l’ai toujours pas, en fait) de me mettre à l’écriture ici. Ça s’explique par deux raisons :

1/ Du boulot par-dessus la tête depuis fin août : sous-titrage, relecture/réécriture de bouquins, je plisse tellement mes yeux de petit vieux devant trop d’écrans (parce qu’en plus je me binge-watche la série Suits, vous allez comprendre au point 2 pourquoi cette drôle de décision) que je me suis même déclenché une sorte de conjonctivite pendant presque une semaine, très handicapante. Je n’ai pas le temps de faire le ménage, j’ai réussi à faire débroussailler le jardin, c’est déjà ça. Ce rush de boulot est malgré tout le bienvenu, il me permet d’envisager la fin de l’année sans trop de stress : j’ai claqué un fric monstrueux en carburant cet été. Treize mille bornes, les amis. C’est difficilement explicable, vu que j’étais censé vider trois tonnes de gravats par jour en solo dans ma maison des Corbières, et pas rouler comme un con de touriste entre les Pyrénées, l’Espagne et Montpellier, n’est-ce pas ?

Oui, mais il y avait le 2/ Je me suis fait balader-ghoster tout l’été par quelqu’un qui risque de lire ces lignes (et que je ne désabonnerai pas manu militari, vague mélange de principes et d’idiotie masochiste sans doute) et, je crois, est assez perchée pour se demander sincèrement (sans pour autant en perdre le sommeil, qu’on se rassure illico) pourquoi je ne réponds plus. Long story short : j’ai fini par réaliser que mon amie la plus proche, qui fut la première personne mise au courant, il y a un an et demi, de ce projet qui semblait même l’enthousiasmer, cette amie qui n’a pas cessé de me dire et de me montrer qu’elle m’aimait depuis des années, et dont je suis très intelligemment tombé amoureux au printemps dès qu’en gros j’ai pu émerger de la torpeur post-AVC (ça prend du temps, les amis), souffrait peut-être pas d’une psychose mais d’un manque terrifiant d’empathie. Le mot sociopathie m’est venu à l’esprit quand mon père a été hospitalisé il y a un mois en urgence et qu’elle n’a tout bonnement pas pensé une microseconde à me dire une chose aussi banale que « je pense à toi, bon courage », sans même rêver d’un « j’espère qu’il se remettra vite » ou, soyons fous, d’un « tu me manques, on se voit bientôt ? ». Elle a tout bonnement ignoré ce que je venais de lui dire et a disparu pendant une demi-heure, ne sortant de cet énième silence qu’après que j’eus craqué pour de bon, et en continuant à faire comme si je ne venais pas de lui dire que mon daron était aux urgences et que j’aurais bien apprécié un brin de chaleur humaine. (Mon père va mieux, merci pour lui.) Bref. Gros choc, grosse révélation, énième leçon stupéfiante sur la nature humaine, et donc gros soulagement au fond. Car cet épisode brutal ne fut que la cerise sur le gâteau de semaines de fuite molle et de silence angoissant. Et donc de souffrance, les gars, n’ayons pas peur des mots – j’en ai vu d’autres, et je m’en veux déjà de lui faire ce plaisir en l’avouant ici, mais elle m’a fait du mal de façon insidieuse et persistante tous les jours de cet été pas comme les autres, passé en gros à attendre un vrai signe d’affection de sa part. Ce qui fait que pour ne pas crever de solitude dans ma maison hantée (que j’adore !), j’ai un peu plus picolé que prévu au bar du village, rencontré plein de gens dont il faudra que je vous parle quand j’aurai enfin le temps de me poser (pas avant fin octobre j’en ai peur), et surtout, comme j’ai perpétuellement la bougeotte et que les Corbières, en été, appellent aussi aux vacances, eh bien j’ai assumé assez vite de faire de cet été un séjour vacances-travaux. Les autres types du village qui étaient sur leur chantier m’y ont même encouragé. Bon esprit. (Certains de ces types, notamment l’excellent L., seront sans aucun doute embauchés par mes soins au cours de l’année à venir.)

Après l’aller-retour, on redescend à 22. Heureusement qu’il y a peu de bornes. Mais la moyenne générale de l’été aura tourné à 15 litres aux 100. Ce V6 teuton picole comme un Polonais. D’ailleurs il tourne à l’éthanol, c’est-à-dire à la vodka, à peu de choses près.

J’ai néanmoins avancé sur la baraque, mais j’ai un petit problème d’ordre logistique : ma remorque est trop faiblarde, je vais devoir acheter un utilitaire genre Trafic pour pouvoir le charger en plusieurs fois et ne faire qu’un aller-retour par semaine à la déchetterie, et avec un véhicule qui ne consomme pas près de 30 litres aux 100 à froid (avec 500 kg au cul et sur des routes de petite montagne, certes, mais tout de même).

Or pour pouvoir acheter et assurer un véhicule, il faut que je fasse renouveler mon permis espagnol, l’administration française se montrant capricieuse, obstinée (et franchement mensongère – courtesy of le préfet de Nantes) et refusant de me produire un permis de conduire. Encore heureux que je n’aie jamais demandé l’échange de mon document espagnol depuis le temps. Mais ces choses ne sont valables que dix ans au-delà des Pyrénées, et le mien est donc caduque depuis 2021. Mon copain madrilène D. ayant accepté de me faire une attestation d’hébergement afin que je puisse ensuite effectuer les démarches idoines à la Dirección general de tráfico, je vais chez lui du 6 au 13 octobre. Ravi de revoir cette bonne vieille doña Madrid. Je dînerai avec mon vieux pote M., le champion de l’electro-pop « froide », à Barcelone le 5, autre grand plaisir, surtout que je vais rencontrer sa fille de deux ans.

Que les gens non dépourvus d’empathie élémentaire qui s’inquiéteraient peut-être de lire ces lignes un peu pleurnichardes se rassurent : j’ai quand même méchamment profité, la famille (mère, frères et sœur, et ma merveilleuse nièce) est venue me voir (ce qui m’a ralenti aussi) et deux copains sont venus m’aider, JC toujours fidèle au poste et Alexis (photo) avec qui on s’est fait un bon pique-nique après avoir viré 200 kg de carrelage le 7 août.

J’ai pris une heure pour pondre ces quelques explications sur mon silence – vous avez beau être peu nombreux à suivre ce blog de niche, je me sens vite coupable de ne pas tenir le rythme ! Mais la vie déborde, parfois.

Hasta luego, compañeros y compañeras !


* Pourquoi Suits ? Parce que ça parle d’avocats d’affaires, et que j’avais besoin, fin août, de voir des sociopathes en action, pour tenter de comprendre les signaux que j’avais ratés. Turns out qu’ils ont tous de l’empathie à revendre si on les compare à cette pauvre C. Putain de fable hollywoodienne !

2 commentaires sur “Fantômette dans les Corbières

  1. Entreprise Toto Lachome : BTP tout corps d’état / Psychanalyse express / Romancier du quotidien…

    Je tiens mon sujet de Podcast (Si mon CPF est validé)

    bises et courage à toi l’ami

    Julien D

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