La route

Fin de la première semaine :
c’est bon, je ne rêve pas.
Ça a commencé, et il y en a
pour des années ! (Et j’aime ça.)

Toujours émouvants, ces moments symboliques (à la con, ironise mon moi d’il y a 20 ans). Le samedi 12 novembre, je referme la maison. On peut passer par derrière sans effort et me piquer tous mes outils, mais bon, il y a deux écoles à ce sujet : la mienne, partagée par celle de X., qui connaît bien son village, et selon laquelle il n’y a aucun risque. Et celle de Mme le maire, qui semble voir des maraudeurs (et des « drogués » !) partout. Moi, en dix jours, je n’ai vu que des chats, la nuit. En guise de drogués, quelques fumeurs de joints. On voit le niveau (et on comprend pourquoi j’ai anonymisé le nom du bled, afin que Google ne remonte pas ce blog si les édiles cherchent ce qu’on dit en ligne de leur village).

Grâce à un passant du village, le genre vieux monsieur intarissable car très seul, on a aussi Alex et moi une anecdote savoureuse à raconter sur les oiseaux migrateurs qui vont vers l’Afrique, mais je la garde pour les tristes journées d’hiver (en même temps, avec cette première moitié de raisonnement, la seconde se déduit facilement) afin de me remonter le moral (mieux vaut en effet en rire) avec la connerie ordinairement raciste, ou l’inverse, des pauvres gens qui vivent depuis toujours dans la peur du Sarrasin. X. m’avait prévenu en juillet : « Ici, c’est 50 % de fafs, et 50 % de gens de gauche. » Je lui avais répondu ce qui me semble être hélas la triste vérité : « C’est pareil chez moi. » Ça s’appelle la ruralité. Campagne, terre de contrastes !

On pensait faire trois allers-retours
le samedi matin, on a chargé la mule
lors du deuxième, et puis voilà.
La prochaine fois, j’apporterai
une balance pour bien tarer les sacs…

Bref, après avoir fermé la maison et rendu le gîte (pendant que j’étais dans la maison pour prendre les mesures au télémètre laser et sécuriser la fermeture de tous les volets en cas de tempête, Alex faisait le ménage de fond en comble à Massac), on a rejoint Areski à Gruissan et on s’est gavés de fruits de mer au même endroit qu’une semaine pile auparavant avec Claire : à La Perle gruissanaise. Les lecteurs attentifs auront remarqué qu’Areski aura brillé par son absence sur ces pages, alors que j’annonçais son retour parmi nous dès le lundi : hélas, le démarreur de sa voiture l’avait lâché.

Les lecteurs très attentifs (des lectrices, à n’en pas douter) auront remarqué que j’avais teasé une anecdote concernant « le traducteur de Milan Kundera » dans le premier texte de cette série. Au bar, quand on est allés dire au revoir à X., on est tombés sur une Hollandaise en tenue d’apicultrice qui nous a raconté la mort d’une demi-douzaine de ses ruches et tous les déboires dus au dérèglement du climat. Son mec, un Wallon, est arrivé, très sympa ; ils nous ont raconté leur rencontre, 20 ans auparavant, et leur descente en vélo des Pays-Bas jusqu’aux Corbières, leur plaisir d’habiter là (près de Limoux, si j’ai bien compris) depuis de longues années.

Incapable de cadrer en même temps
que je me sers de ce foutu laser.
Les cotes ont été prises, je vais
pouvoir tracer un plan sommaire
pour acheter la bonne longueur de
tuyaux, gaines, câbles, veaux,
vaches, cochons…

Quand il a appris mon métier, il m’a demandé si je ne connaissais pas un certain François Hirsch, « star de la traduction ». En fait, il a dit ça à peu près comme ça : « Alors tu dois connaître un ami, qui est une star parmi les traducteurs. » Je lui ai expliqué, un peu honteux, qu’à part quelques noms découverts dans ma jeunesse, et ceux des stars les plus médiatiques de la discipline, Brice Matthieussent, Claro, Josée Kamoun tant qu’on y est (dont je ne connais pas le travail mais dont la nouvelle traduction de 1984 a fait grand bruit dans le landerneau), Robert Pépin (on n’oublie pas un nom pareil, surtout quand c’est en lisant Un privé à Babylone de Brautigan), bref, non, je ne connais pas François Hirsch.

— Il a traduit Cormac McCarthy, et c’était le traducteur de Kundera quand il écrivait encore en tchèque.

— J’ai lu tout Kundera quand j’avais 20 ans, moi je me souviens surtout d’un certain François Kérel.

— Oui, c’est lui. C’est le nom qu’il utilisait au début. C’était un ami. Il est mort l’an dernier.

S’ensuivit un vibrant hommage à ce vieil ami, qui traduisait aussi (et surtout ?) des poètes. Mon pote Areski étant poète et traducteur, je me suis promis qu’on irait boire un coup avec ce couple inattendu, auquel j’ai transmis mes coordonnées et que je recroiserai sans doute au bar.

La dame aux abeilles étant grande lectrice de McCarthy s’était étonnée un jour de voir The Road sur le bureau du vieux monsieur lettré qu’elle avait rencontré je ne sais plus comment, au marché de son village, ou un truc comme ça. Il était justement en train de le traduire. Ça faisait des années qu’elle se demandait pourquoi les livres de McCarthy, qu’elle adorait, n’étaient pas traduits en français. C’est beau, comme rencontre, non ?

Je ne sais pas pour vous, mais moi j’y ai vu comme un signe. Un signe de quoi, aucune idée ! Mais les Corbières m’en ont déjà envoyé un paquet, de signes favorables.

On quitte le gîte et je me prends pour ce que je ne suis pas. Ceci dit, la GoPro qui a filmé ces vidéos bien plus nettes et stabilisées (au cas où vous auriez remarqué) servira sans aucun doute à documenter certaines étapes des travaux. (Quant au rétro, no comment.)

Après la ventrée de bulots et d’énormes crevettes, j’ai laissé Alex à l’aire de covoiturage de Narbonne et j’ai pris la mienne de route. Lentement. J’ai, comme souvent, dédaigné l’autoroute. Le budget de la semaine était de toute façon explosé. J’ai dormi à Castelnaudary après avoir mangé un (bon) cassoulet. Le lendemain, il faisait un temps splendide et j’ai mis plus de dix heures à remonter par la N21 (Bergerac, Périgueux, Limoges) en faisant une halte à Agen pour déjeuner. J’en avais déjà fait une à Toulouse sur les coups de 11 heures pour revisiter quelques souvenirs de la ville, boire un café et pisser un coup à l’hôtel des Beaux-Arts. Heureux de constater que le Filochard, juste en face, le bar mythique où j’ai découvert les vertus du chouchen en 2001 (et qui m’a clairement inspiré au moment d’en commander 12 caisses pour mon propre bar deux ans plus tard), existe toujours.

Bref, je suis rentré lentement, je ne voulais pas m’arracher au Sud-Ouest. Comme d’habitude depuis un an, j’ai tout fait aussi pour éviter Brive. Pour ça, la diagonale Périgueux-Limoges a du bon. La nuit m’est tombée dessus quand je traversais Limoges, justement. Il me restait de moins en moins d’essence ; toutes les stations que j’avais passées sur la N21 depuis Bergerac étaient vides et fermées. J’ai pu remplir sur l’autoroute A20. Fin de l’angoisse légère qui commençait à me gonfler (alors qu’il me restait encore de quoi faire 60 bornes, mais bon, l’aventure du mercredi soir était encore fraîche).

Le lendemain, en me réveillant chez moi sous un ciel gris foncé et une tonne de flotte, j’ai découvert que ma remorque n’avait pas survécu à ce dernier long voyage. L’arceau métallique a cassé, donc la bâche n’est plus soutenue. Je vais tout enlever, j’aurai une remorque lambda. C’est la vie. Ce sera plus pratique pour charger.

Le mystère des sacs à gravats volants

Le « bisou » final est pour Claire,
si vous permettez.

À partir de jeudi matin, on n’a plus rien démoli, on a surtout rempli des sacs de gravats, à mi-hauteur pour ménager nos dos malades (un demi-sac pèse à vue de nez dans les 30-40 kilos ; un sac plein est impossible à soulever seul, par moi ou Alex en tout cas), dans l’optique de tout vider à la déchetterie avant de quitter la maison. On n’y sera pas totalement arrivés. Dans la vidéo ci-contre, l’état des lieux le 11 novembre en fin de matinée, alors qu’il ne nous restait plus un sac vide.

Il faut dire qu’après notre première escapade à la déchetterie de Laroque, le mercredi après-midi, on a eu la mauvaise surprise de découvrir au retour que nos sacs vides, réutilisables, s’étaient fait la malle. Avec l’histoire de la roue jockey narrée dans le texte précédent, sur les conseils de X. j’avais viré le matin même la porte de la caisse en alu greffée à l’avant de la remorque, dans l’optique de virer plus tard la caisse dans son entier pour alléger le tout de quelques kilos afin de me faciliter les manœuvres de levage de la remorque à la force de mes tremendous biceps. Manque de pot, il y a un jour au fond de la remorque, de bien 20 centimètres de haut, prévu je crois pour l’aération du groupe électrogène que renfermait cette caisse dans une vie précédente. Sans sa porte, la remorque n’est comme qui dirait plus « étanche » et… les sacs à gravats vides se sont envolés dans la nature. La honte. Par acquit de conscience on a fait la route en sens inverse, mais on n’a rien retrouvé. Le vent les emporta.

Les équidés me font un peu peur,
alors que ce sont des bestioles
fort gentilles. Ceux-là étaient
aussi curieux que nous. Je les
recroiserai certainement, on se
fera une bouffe.

Comme punition pour avoir été négligents et polluants, eh bien on n’avait plus de sacs dès le vendredi midi, et la déchetterie ne rouvrant que le samedi matin, la journée de boulot était donc terminée.

On a déjeuné au bar de X. et puis on est partis faire du tourisme. J’ai emmené mon Alex découvrir les sublimes gorges de Galamus, que j’aurais bien surnommée Galamust-see si j’avais eu 25 ans et si j’avais bossé dans la presse branchée. Sur le chemin, on a croisé quelques ânes sympathiques. Puis on s’est donné comme objectif suivant le Musée de préhistoire de Tautavel, Alex étant féru d’histoire naturelle et moi aussi d’une certaine manière, mais plus superficielle j’en ai peur. On a fait halte dans le bled viticole de Maury car une brusque envie de boire un coup et de manger une glace m’a saisi. On a trouvé le bar ad hoc, c’était presque inespéré en ce jour férié et généralement assez sinistre. J’ai commandé un Maury rancio et une glace rhum-raisins, le combo parfait. Alex a opté pour un vin blanc classique du cru, sans glace à côté. On était bien, Tintin, jusqu’à ce que derrière nous deux cas sociaux s’embrouillent verbalement assez violemment, l’un en casquette et vue basse de chasseur, l’autre attifé d’épouvantables dreadlocks de vieux rasta blanc très imbibé de gnôle. L’objet de l’engueulade, selon Alex, aurait été un comportement déplacé à l’encontre d’une jeune copine alcoolisée du chasseur (ou sa fille ?) de la part du jeune protégé apparemment handicapé mental (ou proche du coma éthylique) du rasta blanc décati. De l’entertainment, certes, mais un peu dark, disons.

Vue des Corbières au nord de Maury.

De là, on a grimpé vers le château de Quéribus. Mâtin ! quelle grimpette ! Château à flanc de falaise, très impressionnant, et auquel nulle photo au smartphone ne peut faire honneur. Il faudra venir voir ça en vrai.

Ensuite, on est arrivés à Tautavel, mais trop tard pour visiter le musée. Alex nous y a chopé un saucisson pour agrémenter les patates du soir. La nuit menaçait, et on voulait essayer de franchir le mont Tauch qui depuis la dégustation-conférence de l’intarissable vigneron d’altitude Guillaume Boussens me faisait les yeux doux. Naïfs que nous étions. En passant par Tuchan, et en se fiant à notre instinct, le mien en l’occurrence puisque j’étais au volant, on n’a réussi qu’à en faire le tour à mi-hauteur, de ce géant allongé du coin, ce « mont des Ifs » qui dégage une aura si mystique. Redescendant par Maisons puis Dernacueillette, on a justement croisé Guillaume en se perdant dans le village (« Vous vous êtes paumés ? »), avant de rentrer à Massac pour notre dernière nuit dans ce petit paradis.

J’ai un voisin maçon

Et même deux. Qui sont tous deux venus me voir sur le chantier de la maison le mardi 8 novembre. Ça m’a fait beaucoup de bien. Car ils ont en quelque sorte validé ma démarche et m’ont permis de faire taire un peu la petite voix qui aime bien m’agacer avec ses « tu serais pas un peu dingue de te lancer là-dedans à ton âge et à plus de sept heures de route de chez toi ? ». Je vous explique ce que m’a dit N., le premier de mes voisins maçons, qui m’a aussi très généreusement prêté, sans que je ne lui demande rien, une scie à métaux, pour virer un vieux tuyau m’empêchant d’abattre une cloison, et une grosse poubelle bien utile pour les gravats.

Un premier vrai aperçu pour vous de l’étendue du boulot.

Mais d’abord, le contexte. L’une des toutes premières choses que j’ai faites, le lundi 7, donc la veille, et juste après avoir contracté une assurance, fut d’envoyer la vidéo ci-contre à mes deux copines architectes, à défaut de pouvoir leur montrer les choses en vrai. Camille m’a répondu d’y aller prudemment, après avoir étayé et vérifié s’il y avait du poids au-dessus. Je me sentais donc prêt à aller chercher des étais le mardi et à entamer ce boulot crucial à mes yeux.

Le mardi, Alex s’attaque donc avec Vérène à la douche pourrie, moi je vais faire un aller-retour d’une bonne heure à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse pour aller prendre possession de la scie sabre que j’ai commandée en ligne et avec laquelle j’envisage de découper le pourtour de la cloison avant de taper dedans. L’après-midi, je me prépare à passer à l’attaque lorsque se pointe donc le voisin, un type super sympathique qui me demande d’emblée si je suis disponible pour un repas de quartier avec tous les autres tarés qui retapent leur baraque dans le village (une demi-douzaine environ, trentenaires, jeunes et vieux quadras, d’après ce que j’ai pu constater). Me voilà déjà intégré au club, ça fait chaud au cœur et j’ai hâte de pouvoir discuter avec tous ces gens.

Le premier rang : vibrations pas très agréables, peur d’ébranler la maison (quand je vous dis que je suis prudent…) ; ensuite, c’est comme faire péter du pop-corn.

Comme N. me propose ensuite son aide (théorique : il ne peut plus bosser suite à une hernie discale), je saisis la balle au bond et je lui pose toutes les questions qui me tracassent. Au rez-de-chaussée, il y a donc la cloison que je m’apprête à péter et au sujet de laquelle Camille m’a plutôt rassuré, tout en m’indiquant qu’il fallait que je pose des étais par souci de prudence. Pour N., j’ai l’impression que les étais sont superflus, mais il me demande d’aller voir au-dessus ce qu’il y a. Au premier étage donc, dans l’alignement de la fameuse cloison, il y a un placard dont la cloison extérieure, très courte (60-70 centimètres à vue de nez, bref, c’est un placard), est en briques plâtrières elle aussi. Il m’explique que de toute façon, que je garde le placard ou pas (a priori je vais le virer), il me faudra commencer par désolidariser le haut de la mini-cloison en briques du placard de la poutre qui semble reposer dessus, afin d’annuler le report de charge de la poutre vers cette cloison puis celle du couloir qui est en dessous (celle que je veux sauvagement défoncer, mais en fait pas si sauvagement, je crois que vous avez compris que si je ne l’ai pas encore abattue, c’est parce que je suis au contraire très prudent). Je cite de mémoire, et j’ai la mémoire visuelle de la situation, mais quoi qu’il en soit je lui redemanderai confirmation de tout ça quand je redescendrai. En revanche, il me conseille d’abattre sans attendre la cloison du couloir en partant de l’entrée, à droite de la porte de la cuisine (raisonnement : pour le coup, il n’y a rien au-dessus), ce que je fais donc illico dans l’après-midi.

La cloison est cassée, encadrement de porte compris. Photo prise le samedi 12 juste avant de refermer la maison. À droite, le halo de lumière, c’est la porte d’entrée.

Détruire une cloison, c’est le pied, une fois surmontée la légère angoisse qui te susurre « et si ça se casse la gueule, c’est quoi le plan ? ». C’est bien pour ça que je suis content d’avoir l’avis d’un pro, qui a lui-même retapé sa maison dix mètres plus loin. Bref, casser, c’est fort agréable. Le premier rang en partant du haut du mur est un peu violent, mais une fois que c’est fait, c’est un ou deux coups maximum pour faire tomber chaque brique entière au sol. Pourquoi aime-t-on tant la destruction ? Déjà à l’époque des travaux du bar, ça avait été tellement jouissif de tout péter, de faire place nette. Repartir sur des bases saines, quoi.

La cloison est donc tombée. Ça fait un très beau trou. Je peux déjà davantage me projeter dans cet espace, la cuisine s’agrandit et s’éclaircit. Way to go! comme ils disent, ces cons-là.

Alex finira de péter au-dessus de la porte (l’imposte, je crois que ça s’appelle) et j’achèverai la porte elle-même à la scie sabre (bon matos !), par le milieu, pour qu’elle puisse tenir dans la remorque. (Oui, après quelques instants de réflexion, j’ai décidé de me débarrasser des portes, qui n’ont rien de fantastique et sont de toute façon gondolées comme c’est pas permis.)

J’aurais pu tout faire tomber avant la fin de la semaine,
en effet, mais j’avais oublié un truc fondamental :
casser, ça prend en effet cinq minutes. Ramasser,
évacuer, ça prend dix fois plus de temps. Je devrai
donc finir de péter cette cloison en janvier.

Mais N. a aussi (et surtout) répondu à ma seconde angoisse, celle qui concernait le plancher pourri que je dois remplacer entre les deux étages supérieurs. Depuis le début du projet, je sais que je ne pourrai pas faire ça, que je vais donc faire appel à un professionnel : soit un maçon à son compte, soit une boîte de BTP. Selon K., qui m’a vendu la maison et dont le mari retape aussi une maison dans la rue, il faut remplacer cette merde vermoulue par un plancher en béton. Dès le mois de juillet, j’ai chiffré ça un peu à l’arrache à 5 000 euros. Un budget généralement considéré comme réaliste par mes différents interlocuteurs depuis cet été.

Au début, je comptais m’occuper moi-même de la démolition du plancher existant – et ne faire appel aux maçons que pour poser le nouveau plancher en poutrelles et hourdis. Mais avec Claire, dès le lundi, on est tombés d’accord sur l’impossibilité de la chose, sur son danger en fait : elle voyait le bout de dalle béton affaissé, et elle l’imaginait venir tomber d’un coup et ébranler le plancher du premier étage (alias le plafond de la cuisine). Vision d’apocalypse. J’ai donc abandonné l’idée de m’occuper de ça en cette première semaine de travaux, ce qui explique pourquoi la plateforme louée chez Kiloutou Narbonne ne m’aura servi à rien : c’était sa mission.

N. m’a décomplexé, et grandement rassuré. Parce qu’envisager un tel chantier globalement, sans le décortiquer, c’est l’angoisse pure. Mais quand on m’explique bien les choses, je sais décortiquer, faire pas à pas, objectif intermédiaire après objectif intermédiaire. Le danger d’écroulement pointé par Claire ? Peanuts! répond N.

— Ben tu étayes, justement. T’en mets deux là, deux là, deux là, et tu les bouges au fur et à mesure que tu avances. Pour être bien à l’aise, tu achètes un tréteau de maçon, un truc qui vaut 60 balles, pour pouvoir bosser à la bonne hauteur, les couilles toujours au niveau du plafond, histoire de ne pas se blesser.

Sur la photo du bas (on est alors dos à la fenêtre de celle du haut), on voit à droite le trou dans le plancher par lequel commencer la démolition, « les couilles à hauteur de (…) », etc.

Oui, il faudrait une image, pour vous. Attendez, je dois avoir ça (j’ai : à droite, les photos de l’annonce immobilière). En gros, il y a déjà un gros trou dans le plancher, ce qui fait qu’on peut l’abattre solive par solive à la main, avec sans doute la scie sabre, une massette et un burin (il y a du bois et du mortier, en gros, là-dedans). Quoi qu’il en soit, je vais pouvoir abattre moi-même ce plancher, comme je l’envisageais. Et ça, c’est une excellente nouvelle, sans doute la meilleure de cette première semaine. Parce qu’en plus de ça, N. a eu le bon goût de me dire :

– Tu devrais faire en bois. Le béton, ici, c’est ultra galère pour le camion-toupie, donc c’est cher, sans parler des délais. Fais en bois, et fais toi-même.

Le mec m’avait devant les yeux : plus de première fraîcheur le Toto Lachôme, avec un bide certainement handicapant. Eh bien il m’a pourtant jugé apte à faire mon plancher. Ça n’a pas semblé être un sujet de préoccupation particulier. Peut-être que je me sous-estimais. C’est difficile à dire. D’un côté, on se croit capable de tout, à son rythme ; de l’autre, on a peur de tout rater. C’est humain. Mais le gars N. m’a validé en tant qu’autorénovateur (on dit comme ça, apparemment, dans le jargon) et ça, ça fait bien plaisir.

Je m’étais déjà pas mal renseigné sur la faisabilité d’un plancher en hourdis et poutrelles béton (le visionnage des vidéos du Franchement comtois m’avait bien inspiré à ce sujet, d’ailleurs), et rien ne me faisait vraiment peur sauf une chose : l’accessibilité. Faire entrer les poutrelles en béton en diagonale par une petite fenêtre, les faire pivoter à l’intérieur de la pièce puis les placer, à deux ou même à trois personnes, ça me semblait quand même sacrément délicat surtout pour un débutant formé sur YouTube. En bois, selon N., c’est beaucoup plus simple (en plus d’être dans l’esprit d’une vieille maison, évidemment). Il y aura des calculs à faire, je mobiliserai certainement le bureau d’études de mon oncle, et je ne lésinerai pas sur la section des poutres. Je vais en parler à mon petit frangin et on va se faire ça l’an prochain, je crois bien. Il y a de quoi économiser au moins 3 000 euros, et ça aussi, c’est une excellente nouvelle. Et s’il faut passer deux semaines à poser trois poutres, so be it.

En cette première semaine, on n’a pas avancé autant que je l’aurais cru (cru, pas voulu : il n’est pas question de se mettre la pression avec un chronomètre) mais ces bonnes nouvelles concernant mon plancher, ainsi que l’état des poutres qui semble bon partout à première vue (les termites ont fait leurs petits dégâts mais se sont barrés, donc il n’y a plus qu’à traiter), c’est génial. Et puis on a quand même balancé des tas de gravats, c’est déjà ça. Vous avez déjà entendu parler du mystère des sacs à gravats volants ? Non ? Bon, c’est pour le prochain article.

Du plâtre plein les poumons (3)

T’en veux, du plâtre, hein ? T’en veux, de la brique pilée ? Du sac à gravats percé ? Du sac à gravats qui s’envole par demi-douzaine dans la nature (true story) ? Un peu comme Alex, en tenue de ville, inconscient des dangers :

Après un lundi passé principalement à ranger
les outils, balayer, rassembler les tomettes
intactes qui traînaient un peu partout
et remplir puis vider les premiers sacs de
gravats, la démolition à proprement parler
a commencé le mardi 8 novembre, toujours
sous un ciel d’un bleu insultant.

Qu’on se rassure, à part cette petite prise de risque initiale, on a porté nos masques toute la semaine, parce que tu te rends très vite compte que tu respires des saletés dans un espace confiné où des petits malins tapent comme des sourds sur des coffrages en plâtre ou des cloisons, pour certains (votre serviteur) avec un swing velouté dans le maniement de la massette (et non pas du marteau + burin comme Alex : moi j’aime bourriner), genre revers à deux mains de Borg en 1977 : amorcer le mouvement et laisser faire la raquette, pardon, la massette, l’accompagner, c’est tout. C’est elle qui va virer les briques une à une comme dans Arkanoid, et…

– C’est pas un peu fini, ces références de vieillard ?

Si, pardon. Alex, puis Vérène, ont donc détruit cette douche en briques plâtrières. On aurait vraiment dit un truc assemblé à la hâte pour pouvoir se doucher sur le chantier, hein ? Eh bien non. Elle faisait partie des meubles (façon de parler), et c’était le seul point de lavage de toute la maison, ce qui n’a pas semblé étonner N., le sympathique voisin maçon venu cette après-midi-là me filer plein de conseils : « Ah ben les anciens et l’hygiène, hein… » Le dernier occupant de la maison est mort il y a une quinzaine d’années, mais elle semble avoir été abandonnée des décennies plus tôt.

Lundi, la veille donc, on avait commencé par prendre possession des lieux, ce qui n’est pas anodin : comme c’est très grand, sur trois niveaux, et qu’il y a tout à refaire, il faut du courage pour se lancer et comprendre par où commencer. C’est pourquoi je ne remercierai jamais assez Claire, Vérène et Alex de m’avoir soutenu pour ces grands débuts. En réalité, elles et il ont (prends ça, correcteur automatique) plus travaillé à la démolition à proprement parler que moi : j’ai passé une bonne partie de la semaine en voiture, pour aller faire des courses de trucs qui manquaient, ramener Claire à la gare le mardi après-midi, essayer de trouver de quoi réparer la remorque, etc.

Commencer le ventre vide, ça aurait été remettre en question la pureté du ciel, tu ‘ois. La perfection n’admet pas l’imperfection, comme le savait Lao Tseu, ou Francis Lalanne, je sais plus.

Mercredi : galères mécaniques en veux-tu en voilà

Dans le trou passait une goupille, qui a cassé. J’ai réussi à la virer à la perceuse, mais pas réussi à trouver de goupille de remplacement du bon diamètre.

Car oui, le mercredi matin, la manivelle de la roue jockey de la remorque m’est restée dans la main. Grosse galère, surtout que je ne m’imaginais pas pouvoir la raccrocher tout seul, en la soulevant. Il s’avère, je m’en suis rendu compte le soir même, que je le peux : même si elle pèse 260 kilos (cf. Le sang des corbières), on ne soulève que ce que l’essieu ne soutient pas. Mes cours de physique sont bien trop lointains pour que je m’explique ça (et ça m’énerve), mais quoi qu’il en soit, j’arrive à la soulever et à la traîner par petits sauts de 50 centimètres si besoin, et avec un effort un peu plus conséquent, boum, je l’accroche à la voiture.

« Bordel, ça y est, première galère, dès le troisième jour », je pense. À cause du stress, je n’arrive pas à décrocher la remorque, et je pense alors que c’est parce que la roue jockey joue normalement un rôle de soutien crucial, qu’elle m’aide à soulever la remorque (ce qui est parfaitement idiot, car quand je la soulève, la roue ne touche plus terre, mais bon, le stress, que je te dis). Je me sens bête et impotent. Je vais avoir besoin d’aide, pas le choix. Je descends la voiture et la remorque devant le bar. X., le patron, m’aide à décrocher puis raccrocher la remorque, au début à deux on galère aussi, ce qui me rassure, puis il trouve la gâchette de déblocage et me la montre, à moi qui ai déjà instinctivement actionné cette saloperie une dizaine de fois depuis l’achat de la remorque. BREF. Merci patron. Le décrochage ne pose aucun problème. Le raccrochage, on le fait à deux, et je ne me sens pas d’essayer tout seul devant lui. Fierté masculine à la con, je suppose.

La Makita en question servira peut-être pour percer dans du beurre trop froid, qui sait.

Je décide donc de ne plus décrocher la remorque et d’aller faire mes courses avec. Je commence à maîtriser (à mieux allier théorie et pratique, plutôt) les manœuvres du genre demi-tour, donc ça ne me fait pas trop peur. C’est donc parti vers le Bricomarché de Lézignan, où je prends des goupilles plus ou moins au pif (sans avoir mesuré le trou de l’axe de la manivelle, évidemment) et une perceuse-visseuse Bosch 18V. J’ai déjà la ponceuse et la scie sabre chez Bosch « vert », et vu le prix prohibitif des batteries, je préfère continuer dans la même gamme d’outils. Au passage, je déconseille vivement l’entrée de gamme Makita que j’avais achetée comme un pigeon (en même temps, t’as vu le prix ?) et qui s’est avérée incapable de percer dans la brique même à puissance maximale et en mode perforateur. Surtout qu’elle n’accepte que des batteries dédiées, contrairement à tout le reste des machines Makita (qui sont de la grosse balle, comme disent les jeunes de cette fabuleuse uchronie dans laquelle j’habite toujours dans le 91 et qui a pour titre Ma jeunesse). Bref, bien lire les avis d’acheteurs précédents avant de claquer du fric dans le vide. Bon, j’ai quand même une jolie valise Makita pleine de forets, de mèches et d’embouts de vissage, c’est déjà ça.

Je rejoins Vérène et Alex au bar, on déjeune en terrasse, c’est le bonheur, vraiment. Le soir, je veux déposer la remorque au gîte avant d’aller déguster les pinards du domaine de Dernacueillette, juste à côté. Alex monte avec moi. Puis je me rends compte que j’avais décidé au contraire de ne plus rouler avec la remorque car la roue risque de tomber (c’est la manivelle qui l’empêche de tomber en temps normal). Bref, je suis perturbé. Qu’à cela ne tienne : je fais demi-tour. Un chemin de terre m’y invite, j’y engage la voiture, j’avance pour bien aligner la remorque, et… le moteur a des ratés. Vraiment au meilleur moment. Comme je ne suis pas seul, je ne traite personne de sale pute (merci Alex de m’avoir imposé malgré toi un calme apparent), et j’invente une théorie comme quoi peut-être la pompe à essence, en pente, peine à aller chercher les quelques litres restants dans le réservoir et que ça va repartir quand je vais redescendre sur la route, à plat donc, bref, c’est la merde et surtout je ne comprends pas comment c’est possible. Certes, la jauge de la Sainte Mercos (hommage en passant à Farine de blé) ne marche plus bien depuis que le réservoir a été changé il y a trois ans, mais j’ai pris l’habitude de faire des règles de trois avec les chiffres de consommation et de kilométrage annoncés par l’ordinateur de bord, et… bordel de pute à cul, j’ai beau prendre ce problème de niveau CE2 dans tous les sens, il doit me rester trois litres, de quoi faire 30 bornes et je comptais aller faire le plein en fin de journée à Mouthoumet, qu’on n’aille pas répandre des racontars sur ma supposée inconséquence, hep ! toi là-bas, je te vois.

Mes calculs sont bons. Mais la voiture ne redémarre pas. Et sans moteur, pas d’accessoires, donc pas de direction assistée, donc manœuvre encore plus dure. (La manœuvre en question consiste à braquer à gauche pour orienter la remorque vers la droite, puis de rebraquer dans l’autre sens quasi immédiatement – mais sans pouvoir vraiment freiner, car le circuit de freinage dépend aussi du moteur et va se bloquer dans trois ou quatre appuis sur la pédale, et il me faut des freins pour garer la voiture en toute sécurité le temps d’aller chercher de l’essence – pour que l’attelage recule sur la route suivant la trajectoire idoine, et tout ça sans que la remorque ne se mette en portefeuille ni que l’avant de la voiture ou la remorque elle-même ne tombe dans le fossé. Fun times.)

J’abandonne tout de suite la manœuvre, qui est impossible surtout à cause des freins et de l’impossibilité de corriger en réavançant, moteur en rade oblige. On va se garer le plus proprement possible. J’en ai vu d’autres, mais cette fois j’ai un gros truc au cul avec lequel je suis encore en train de faire connaissance. Priorité numéro un : dans l’urgence, décrochage de la remorque. Comme la route est quand même un peu en pente aussi, bien que moins raide que le chemin de terre (qui lui est à vue de nez à 12-13 %), il faut faire attention à ce que la remorque ne se mette pas à dévaler la pente pendant qu’on la tient, donc il faut la poser vite fait par terre sans s’exploser le pied. Ça y est, c’est chose faite ! Mais elle gêne encore, là, au milieu de la route. C’est à cet instant que je me rends compte que je suis assez fort pour la soulever tout seul (ouf, ce sera sans doute utile par la suite), et j’arrive donc à la caler, en la traînant un peu, sur le côté de la route, où elle gêne… moins. Je descends la voiture un peu plus bas. Le chemin de terre de la mort est sous l’indication « Av. de Maisons » sur la photo aérienne ci-contre, et il grimpe à mort en partant de la route, qui, elle, descend vers le haut de l’image. Je laisse donc descendre la Sainte Mercos en faisant très attention car je me doute bien que le circuit de freins s’épuise (je m’arrête deux fois en repassant en P avant de repartir, pour ne surtout pas prendre de vitesse), et je la gare là, sur un replat, avec les feux de détresse of course (on sait vivre), à l’angle de la rue du Château-d’Eau.

Pendant ce temps-là, Alex a appelé Vérène, qui est déjà trois ou quatre bornes devant nous dans la pampa, et qui va nous sauver la mise. C’est pendant qu’on l’attend que je comprends ce qui s’est passé, et c’est un soulagement, car la logique reprend ses droits (le surnaturel, ça m’a toujours gonflé, je préfère la SF au fantastique, sauf quand c’est Lovecraft) : dans l’excitation de l’arrivée avec Claire et Alex le samedi, en remontant de la mer, j’ai fait le plein mais totalement oublié le geste que je fais systématiquement pour bien savoir où j’en suis (je rappelle que ma jauge déconne à pleins tubes) : remettre à zéro le compteur kilométrique journalier (enfin, l’autre, celui qui dit « depuis remise à zéro », justement). Je m’en étais rendu compte le lendemain matin après avoir roulé environ 50 kilomètres, à 10 litres aux 100, et j’avais donc prestement remis à zéro en me disant « fais gaffe, souviens-toi que tu as 55 litres dans le réservoir, pas 60 ». Et j’avais complètement oublié ce détail, ce qui fait qu’au lieu des 57 litres que je calculais, c’étaient 62 litres que la caisse avait glougloutés. Elle est donc tombée en panne avec – 2 litres dans le réservoir. Deutsche Qualität.

Oh que j’étais satisfait, à ce moment-là.

Dans la confusion générale, Vérène décide, pour aller à la station-service de Mouthoumet, de passer par Massac, le bled où on dort, et je la contredis car je serais plutôt passé par Laroque-de-Fa, mais elle insiste, elle a l’air sûre d’elle. Ce n’est qu’au retour, après avoir mis presque trois quarts d’heure à aller à Mouthoumet, que je trouve l’argument imparable, d’ordre géométrique. Massac décrit un gros triangle équilatéral avec l’axe Monbled-Laroque-Mouthoumet, donc on a fait trois fois le kilométrage nécessaire puisqu’il suffisait de se taper un seul côté du triangle. Un détour d’une bonne demi-heure. Une bonne balade, quoi. Pas de quoi s’inventer un stress pour rien. N’empêche, je ne déstresserai que quand j’aurai fait passer ma carte bleue sur la pompe puis rempli et démarré ma bagnole. Tout marche comme sur des roulettes. Du coup, je vide le jerrican de 10 litres dans la bagnole alors que la nuit est déjà tombée. Alex et Vérène étant déjà repartis vers le domaine de Dernacueillette pour déguster du vin, je raccroche la remorque, je force le destin et je vais la poser au gîte (la roue jockey ne tombe pas), et enfin je rejoins les amis au domaine du « vigneron d’altitude » Guillaume Boussens.

On ne se rend pas compte avant de coucher les choses par écrit qu’elles vont prendre autant de place. Il y aura donc une suite très prochainement (mais je changerai de titre, cette fois). En voilà du cliffhanger

Du plâtre plein les poumons (2)

Je porte une casquette. Je le dis pour ne pas que vous croyiez que j’ai la tronche aussi déformée que le ventre, quand même. Photo : Claire.

On se lève dimanche sous un ciel bleu un peu scandaleux pour tout le monde en cette saison. Ce sera une source inépuisable de remarques mi-ravies mi-affolées sur l’apocalypse climatique, comme toujours depuis quelque temps quand il fait beau trop tard dans l’année. Mais on est des gens du Nord, et on est dans le Sud, alors on se rassure (on n’est pas si inquiets que ça, sur l’instant : puisqu’on jouit, vous dis-je) en se rappelant qu’il y a plus de dix ans on a mangé une paella en T-shirt en Espagne au Jour de l’an… à peine quatre parallèles et demi plus bas ! Bref, il fait trop beau et trop chaud, mais sur l’instant, c’est humain, on en profite en attendant le déluge. On déjeune en terrasse, le 6 novembre 2022, à Mouthoumet, au Nid Table.

Huit heures d’autoroute plein sud, vous allez pas me dire que ça change grand-chose, allez.

On y est rejoints par le père Areski de Khône, qui, astuce ! vient de Caunes-Minervois (de là à penser qu’il userait d’un pseudonyme quand il commente ces pages, je voudrais pas m’avancer, mais c’est du domaine du probab’), toujours dans l’Aude mais de l’autre côté de la vallée, au pied de la montagne Noire. Les amateurs de géologie et de sciences naturelles seront ravis d’apprendre que si la montagne Noire est en gros la pointe sud-ouest du Massif central, les Corbières sont quant à elles « les premiers contreforts des Pyrénées », même que c’est Wikipédia qui le dit. Entre ces deux massifs, la (basse) vallée de l’Aude.

Le château d’Arques, site historique de la cristallerie éponyme. Enfin, il paraît.

On continue dans l’édification des masses, en l’occurrence notre joyeux groupe de cinq touristes, par la visite d’un château cathare, celui d’Arques. À vol d’oiseau, c’est l’un des plus proches : 17 kilomètres. Une petite demi-heure par la route. Le temps pour moi d’émettre l’idée suivante : et si le cristal d’Arques y venait du bled où c’est qu’y a le château, hein ? Je dis ça, je dis rien. Vérène se gausse, Claire lui emboîte le pas (j’aurais peut-être dû écrire « Vérène se chausse », du coup), Alex rigole et ne se mouille pas trop. Turns out, on le vérifiera plus tard, que la cristallerie d’Arques est en Lorraine. On ne peut pas tout savoir. (L’idée n’était pas si saugrenue que ça, je le maintiens.)

Une belle vidéo verticale et compressée à l’arrache. Un vrai scandale.

Le château est beau, solide, extrêmement bien entretenu pour un édifice construit aux XIII-XIVes siècles, quand « les cathares n’étaient déjà plus un sujet de préoccupation [pour le seigneur qui l’a fait construire] », dit la brochure. Aucun d’entre nous ne peut expliquer clairement aux autres ce qu’étaient les cathares, à part une hérésie – je hasarde le concept de « proto-protestants », qui sonne quand même du feu de Dieu (pun intended) et me rappelle le nom de l’excellent groupe américain Protomartyr. On se promet de se cultiver à ce sujet dès qu’on pourra mettre la main sur un téléphone ou un ordi, mais en fait, apéro, dîner, dodo, travaux, on n’a pas eu le temps. Du coup, commençons maintenant : le catharisme, mythe ou réalité ?

Ce que je remarque en visitant cette tour carrée si bien préservée des Outrages-du-temps™, c’est qu’elle est en meilleur état que ma maison. J’en fais la remarque à la cantonade de manière amusée, mais en vrai je n’en mène pas large : c’est un peu choquant, quand même. Ça fait à peine quinze ans que la maison n’est plus habitée, ce que son état déplorable ne dit pas. Bref.

Claire prend des photos de nous devant le château, le soleil automnal déjà bien bas dans le ciel, et Vérène y voit comme une réminiscence de la pochette de ce bon vieux quatrième album de U2 (une ancienne passion commune pour nous deux), The Unforgettable Fire. Jugez plutôt :

C’est franchement flagrant. Quant à mes talents de graphiste, ils m’effraient moi-même. Aurais-je choisi la mauvaise carrière ? (LOL.)

Je leur infligerai l’album (merci Deezer, malgré tes pubs de merde) sur le chemin du retour, un peu crispé comme souvent quand Bono se met à bramer (on appelait ça du rock héroïque…), mais cette fois-ci on est deux, avec Vérène, à pouvoir soutenir les sarcasmes. Qui, étonnamment, ne viennent pas. Il faut dire que j’ai brandi la carte Brian Eno d’entrée de jeu, et généralement ça calme un peu. Ou alors Claire et Alex sont des gens bienveillants. Va savoir.

Au château, grand moment d’émotion : on s’est séparés d’Areski, linguiste émérite et inexpugnable (private djôke) qui a oublié des affaires chez lui et veut rentrer avant la nuit. Il reviendra demain sur le chantier. Nous, les quatre autres, rentrons au gîte ; Alex ouvre la première bouteille de Satori du Clos Présent (cf. premier épisode), je mets l’huile à chauffer, j’y dépose les oignons coupés plus grossièrement que la veille parce que je suis feignant et que j’aime la cuisine rustique, bref, on boit l’apéro, on dîne, « on est bien Tintin », et on se couche, pas trop tard car demain on attaque ce foutu chantier qui m’obsède et me passionne et me hante depuis que j’ai fait une offre pour acheter cette maison fin juillet !

Voilà, c’est fini pour le tourisme. (On y reviendra vendredi après-midi avec Alex : une balade aux gorges de Galamus et tout autour du mont Tauch en passant par Maury et Tautavel, because on n’avait plus de sacs à gravats, que tout était fermé, 11-Novembre oblige, et que je ne voulais pas continuer à amasser des gravats qu’on n’aurait de toute façon pas eu le temps d’emmener à la déchetterie.)

On se retrouve une troisième fois sur ces pages dans quelques jours (demain ?) pour le récit de nos efforts. Ici Vendôme, à vous les studios.

Du plâtre plein les poumons (1)

(Note : J’ai changé de pseudo et enlevé les références explicites au nom du village, qui est bien trop petit pour que je me permette de me griller avec ses habitants. Je respecterai ainsi leur anonymat, et je pourrai citer verbatim leurs propos sans risque.)

Or donc, les travaux ont enfin commencé. Du 2 au 13 novembre, j’ai quitté mon Loir-et-Cher d’adoption pour le Grand Sud, et j’ai aimé ça. Il y a toujours un petit pincement au cœur à l’idée de quitter ce coin où j’ai vécu six ans et qui m’a marqué à vie, mais je suis content de ce grand changement. Besoin de me bousculer, en somme.

Premier épisode : je ne parlerai pas des travaux, mais de mon arrivée là-bas, puis de celle des troupes (dans l’ordre, Alex, Claire et Vérène) et de nos escapades touristiques du week-end précédant le début des hostilités. (Notamment la visite d’une étonnante cristallerie.)

L’après-midi du mercredi 2 novembre semble déjà très loin. C’était le jour de mon départ, et de ma énième traversée de la Corrèze cette année par l’autoroute A20, jamais un plaisir tant ça fait remonter de saletés familiales. Mais cette fois-ci, j’étais content (encore heureux) car je retrouvais, un peu au sud de Brive et déjà dans le département suivant (le Lot, soit l’entrée à la fois symbolique et administrative dans l’univers occitan), la vieille maison où j’ai passé une partie de l’été 93 avec mon ami le Dr F., un très vénérable tas de pierres perché sur une falaise dominant l’Ouysse, qu’on n’atteint qu’après une demi-douzaine de virages en épingle sur un chemin de caillasses que mes hôtes du soir n’ont jamais voulu goudronner. On ne salope pas une nature aussi belle que la vallée de l’Ouysse. J’ai donc garé, de nuit, la bagnole et la remorque dans le premier virage, le plus large, et le lendemain matin le Dr F. m’a guidé lors de la manœuvre consistant à faire un demi-tour, remorque au cul, avec un mètre de marge devant et derrière l’attelage complet. J’ai pu repartir sans rien casser (pour l’instant).

Quelques dizaines de kilos d’outils prêts au départ.

L’arrivée dans le village, après avoir récupéré une plateforme à Narbonne, petit échafaudage dont je ne me servirais pas (lesson learned : Narbonne est trop loin – deux heures de route aller-retour – pour ce genre de blague, on y a perdu l’après-midi du 10), s’est faite juste avant la tombée de la nuit, et une fois arrivé devant la maison pour y déposer le contenu de la remorque (tous mes outils ou presque), j’ai été littéralement assailli par Mme le maire d’abord, qui n’a pas perdu une minute pour me demander si je ne voulais pas me faire recenser dans son village en 2023, puis – après un fastidieux quart d’heure de présentation à l’employé de mairie responsable du relevé du compteur d’eau –, quand je pensais enfin pouvoir me poser tranquille, par son père, une sorte de type narquois dans le genre Kersauson, qui m’a fait faire le tour du village. Inutile de dire que je me suis senti jaugé sous toutes les coutures et que j’aurais préféré arriver plus en douceur. Mais j’ai joué le jeu. Un peu down, je me suis ensuite enfin posé dans le gîte que j’avais loué pour les premiers jours, dans le village, et dont la propriétaire n’est autre que… Mme le maire. (À ce stade, j’ai commencé à me sentir comme dans ces films où le héros débarque dans un bled vraiment paumé et peuplé de cas pathologiques qu’il ne peut pas éviter, genre U-Turn d’Oliver Stone ou Ville à vendre de Mocky, mais je digresse.) Une petite douche, puis départ pour le bar, histoire de boire un apéro et de signaler mon arrivée au patron, qui m’a fait si bonne impression en juillet (et devrait effacer cette impression de mauvaise série B).

Manque de pot, le bar est fermé. Une tempête se lève, des rafales impressionnantes. La nuit est en train de tomber. Je me sens au milieu de nulle part. Puis je me rappelle que j’ai réservé une table pour les copains-copines le dimanche midi à Mouthoumet, dans le bled d’à côté. J’ai très envie de socialiser (ou plutôt pas du tout envie d’être lâché tout seul d’un coup dans ce territoire à apprivoiser, et quel territoire !) donc je décide de tester le resto avant tout le monde, et si c’est dégueulasse, on ira ailleurs dimanche (malin, le mec). Je me rends à Mouthoumet, c’est juste à côté ; il y a même un bout de route tout droit où on peut rouler à 90, dans le coin c’est assez rare pour être signalé. À l’apéro, je discute électricité avec le patron et un de ses copains artisans du coin, enfin presque : la discussion dérive très vite vers Ménilmontant, qu’il a habité comme moi, puis vers le Morvan d’où il est originaire. Pas mal d’exilés dans les Hautes Corbières, j’ai l’impression.

Les arbres restent stoïques, mais je peux vous dire que ça soufflait. Ici la sortie du village qu’on-ne-peut-pas-nommer, vers Laroque et Mouthoumet.

Je rentre sans problème, en roulant très pépère et en décidant de faire un détour par Massac, le bled où on dormira tous la semaine suivante. Je ne vois rien, mais je profite du calme parfait, vitre ouverte (il fait 10-15 degrés). Je ferais cette route une dizaine de fois par la suite de jour et sans jamais m’en lasser : elle est splendide, point.

Je me réveille bien en forme le vendredi 4. Après avoir bu un café au bar et longuement discuté avec X., le patron (toujours aussi sympa, et intarissable au sujet du village), je vais faire des courses : sacs à gravats et spots d’éclairage de chantier, principalement. Je repère ainsi quelques adresses qui seront utiles : à Lézignan, notamment Brico d’Oc que ma fibre « indé » aurait tendance à préférer à Bricomarché, qui n’est pas loin ; et à Narbonne, sur les conseils de X., le Tridôme. Déjeuner à Narbonne dans une cantine improbable qui me permet de repérer l’arrêt du bus BlaBlaCar par lequel arrive demain Alex, dans le riant quartier de la Croix-Sud. En gros, l’intersection des deux autoroutes du coin.

Des gens très sympa, de la bonne musique et des bons tapas maison, contre l’absurdité immobilière. C’était au château de Villerambert, à Caunes-Minervois.

Le soir, je rejoins Areski dans le Minervois pour un concert de soutien à une cause noble et de bon sens : arrêter un projet immobilier (hôtel de 80 chambres, héliport, golf, j’en passe…) dans un petit village rural du Cabardès. Je découvre au passage un artiste assez bluffant, le dénommé Anibal Galant ; puis je rentre. Il y a un peu plus d’une heure de route. En roulant pépère, c’est agréable, même si le vent souffle toujours assez fort.

Samedi matin, le vent s’est calmé et le temps est au beau fixe ; il le restera toute la semaine quasiment sans interruption. Je récupère Alex à Narbonne, c’est le début officiel de la semaine « colonie de vacances à défoncer du plâtre et des briques ». Enfin presque : le week-end, c’est tourisme, c’était prévu. Tout d’abord, dégustation de vin. Alex, qui a un projet de cave, a fait ses devoirs et a quatre adresses à visiter dans les Corbières. (Il en verra trois, et on goûtera le quatrième domaine dans un cubi acheté à Lagrasse le lundi en rentrant de la déchetterie – spoiler de l’épisode 2, ouais, je fais ce que je veux.)

Cette main de pianiste et d’œnologue distingué découvrira dans 48 heures le plaisir du défonçage (de plâtre sur poutre).

Ce samedi 5 novembre, à 11h30, on commence par Sophie Héraud, du Clos Présent, à Albas. Trois cuvées très bonnes (mention particulière à la cuvée Satori 2020 qui égaiera nos apéros et nos repas du début de la semaine). On demande à Sophie un conseil de restaurant, ou de cantine, dans le coin. Elle nous réserve une table au 28 Pardi ! à Cascastel-des-Corbières. Pas du tout une cantine. Mais très convivial (donc un peu cantine quand même) et très fin. Bistronomique, je crois qu’on dit, non ? En tout cas, c’était délicieux et surprenant (et arrosé de deux verres de Hé Ho, un très bon carignan du domaine des Frigoulières). Juste avant, on a fait la visite, sans l’expédier, malgré l’emploi du temps qui se resserrait, du domaine du Grand Guilhem. À part une ou deux fois, j’ai tout recraché, œuf corse.

On quitte le resto tous deux repus (ai-je mentionné les incroyables accras de morue partagés en entrée ?), sous le ciel bleu caractéristique des bords méditerranéens. On a cinq minutes de retard, mais il fait très beau, et Claire ne nous en veut pas. Enfin, c’est ce qu’elle dit. On la récupère à la gare de Narbonne, puis on file tous les trois à Gruissan pour boire un coup (une bière de la brasserie du coin, La Mer à boire) au bord de la mer avant de rentrer dans les Corbières pour retrouver V., qui, pendant qu’on profite de ce court instant maritime, est en train de finir la route qui l’amène de Lyon. À la tombée de la nuit, on est à Massac, aux gîtes du Torgan, dans l’ancienne cave coopérative. Retrouvailles émues (pour certains, on ne s’est pas vus depuis quatre ans), apéro, dîner… « On est bien, Tintin ! », comme le souligne judicieusement Alex.

Avec Claire à La Perle gruissanaise, une petite bière d’accueil au bord de la mer avant d’aller se planquer dans les Hautes Corbières. Photo : Alex.

Allez, c’est déjà trop long pour des préliminaires, et les amateurs de bricolage porn n’en peuvent plus, je le sens.

L’épisode 2 (demain) racontera notre dimanche, et notamment la visite de cette très étonnante cristallerie.

L’épisode 3 (pas plus tard que vendredi, si le boulot me le permet) racontera les travaux. Vous saurez tout sur les deux déchetteries visitées, l’accident de remorque (pas en roulant, je vous rassure tout de suite), l’état des poutres, la vision de l’espace (la vista !) de Claire et Vérène, la visite (très rassurante) de mes voisins maçons, l’atmosphère dans le village (notamment une savoureuse anecdote sur les oiseaux migrateurs – anecdote qui est accessoirement la raison pour laquelle je ne mentionne plus le nom du village sur ce site), mon mal de dos intermittent, la panne d’essence, le mont Tauch, le traducteur de Milan Kundera, etc.

Stay tuned!

Les cléclés dans la popoche

Jeudi dernier fut une journée intense. Après avoir déjeuné d’une seiche grillée à l’aïoli (une des tueries de Chez Bembe) en compagnie de mon ami Areski, je suis allé signer l’acte authentique de vente et j’ai donc récupéré ces deux clés un peu foireuses. Elles ne paient vraiment pas de mine, mais ces jumelles ouvrent bien la porte d’entrée de la maison.

Je les ai mises sur le porte-clés « Batman Lego » de la Mercos. Cherchez pas.

J’ai donc revu la maison pour la première fois depuis juillet : ce fut un petit choc. On a vite tendance à déformer la réalité, et j’ai retrouvé une cuisine plus sale et plus petite que dans mes souvenirs. J’ai vu plein de défauts que je n’avais pas vus lors de ma première visite : quand on est propriétaire, donc responsable (c’est ce qui est écrit dans les manuels, en tout cas), on devient forcément plus angoissé en ne trouvant pas l’endroit où faire passer la plomberie, ou en voyant des fissures dans les murs. Comme me l’a rappelé A., c’est sur un mur mitoyen, et ces maisons sont âgées et tiennent debout depuis plusieurs siècles (un et demi, disons, à vue de nez). Il s’agit très probablement d’une fissure dans l’enduit de plâtre qui recouvre le mur à proprement parler. Dans le revêtement, quoi. Donc rien du tout.

Mais vous voyez le topo : les choses deviennent concrètes. Cette première semaine de démolition s’est brusquement mise à m’angoisser dans les grandes largeurs : à deux, ou même tout seul, est-ce qu’on va y arriver ? par où commencer ? et toute cette sorte de choses.

Le soir, j’ai dîné à Alès avec mon frangin, et on a sablé le champagne dans un resto qui fleurait bon la gastronomie subtile et raffinée à la française : le Steakhouse. Le point d’orgue du repas fut le dessert : une tranche de brioche perdue sur laquelle avaient dégueulé de concert un pot de Nutella ET un flacon de sauce au chocolat. Joli dégradé cacateux, au goût sucré. Avec la boule de glace vanille, ce fut un grand moment de régression.

J’ai ensuite pris sur Booking.com et au dernier moment, comme j’aime faire (ça force à des improvisations amusantes), un petit gîte sympa mais en pleine cambrousse, à Aujac, sur le versant oriental du mont Lozère, ce que je n’avais pas réalisé en réservant. Cinquante kilomètres de route sous le vent, la flotte et sur des pentes à 15 % pour finir : un vrai plaisir de routard solitaire. En me couchant, j’ai vu la lumière et pris la décision fondamentale qui a chassé l’angoisse qui commençait à sérieusement m’emmerder : dès que la température moyenne des nuits dans les Corbières sera compatible avec la survie d’un organisme vivant pesant un quintal et fourré sous une bonne épaisseur de couette, c’est-à-dire au mois de mars, je camperai sur place pour avancer plus vite sur les premiers travaux sans avoir à claquer tout mon salaire en essence et en hébergement. Faire un aller-retour mensuel de 1 500 bornes pour à peine une semaine sur place, c’était complètement illusoire, mais il fallait que les choses se concrétisent pour que je le comprenne. C’est bon, j’ai compris. En mars, j’attaque et je termine le réseau de plomberie, que ça me prenne deux, trois ou quatre semaines.

J’aurai descendu le strict minimum pour continuer à accepter des commandes de boulot : une table, mon fauteuil de bureau, mon ordinateur portable. Je crois que d’aucuns appellent ça être un digital nomad, bienvenue à Branleurland les amis !

Bref, je serai partagé à mi-temps environ entre Loir-et-Cher et Corbières plus tôt que prévu, et ça me convient parfaitement. Du coup, j’informerai ici simplement à partir du printemps prochain de mes dates de présence sur place, et celles et ceux qui voudront venir me voir n’auront qu’à se caler dessus. C’est beaucoup plus simple que d’organiser de courts séjours tendus en essayant de concilier les emplois du temps de trois ou quatre personnes et de ne pas perdre trop de temps en allers-retours à la gare, ce qui était assez angoissant car mine de rien je déteste harceler les gens, surtout des amis qui ont le bon goût et la gentillesse de m’aider.

En tout cas, ça y est, ça s’est décanté pour cette première semaine qui approche, je sais aujourd’hui combien on sera pour cette démolition : quatre (avec parité de genre) et cinq certains jours si A. se libère ! Ça fait plaisir, vraiment. J’avais aussi un peu l’angoisse qui montait à l’idée d’attaquer tout seul, je ne vous le cache pas. Il y a quand même pas mal de trucs à évacuer. Et puis, plus on est de fous…

Ah, j’oubliais : avant de quitter le coin jeudi dernier, je suis allé repérer la déchetterie (qu’ils orthographient déchèterie, c’est la mode ; je resterai dans mes bottes old school habituelles, et puis j’ai encore vu quelques panneaux ici et là qui conservaient l’orthographe traditionnelle, il y aurait beaucoup à dire sur l’harmonisation de l’orthographe au sein des DDE, ce dont vous vous foutez comme de votre première bronchite, je le sais bien).

Voilà donc où nous balancerons nos gravats et autres vieilles cuvettes de chiottes : au milieu du désert. On se croirait dans Breaking Bad, c’est magnifique :

Toi, tu vas apprendre à me connaître.

Le sang des Corbières

Marrant comme le mot « Corbières » fait tout de suite penser à sa principale production agricole : le jaja.

Je suis allé faire peser la remorque, ce midi. Chez le ferrailleur Passenaud, à Cormenon, le bled qui jouxte Mondoubleau, célèbre chef-lieu de canton qui a vu naître la grande actrice rebelle Juliette B., qui vient de perdre une mèche de cheveux à Paris en pleine révolution à Téhéran.

plaque PV PTCA remorque
En revoyant cette photo prise vendredi dernier (cliquez dessus pour l’agrandir, si vous n’avez vraiment que ça à foutre), je me rends compte qu’un « 0 » prendrait évidemment la même hauteur que le « 4 » et le « 9 ». C’est donc bien un « 9 ».

La remorque, avec sa roue de secours, pèse donc 260 kilos sur la planète Terre, et environ 40 sur la Lune si je me souviens bien de mes cours de physique. Or les Corbières sont sur la planète Terre. Ça tombe donc très bien. Je vais pouvoir marquer ce chiffre crucial dans la case « PV » de la plaque prévue à cet effet, qui n’affiche jusqu’ici que le PTC (c’est pareil que le PTAC) : 499 kilos. Ou 409 : c’est illisible. La nana de chez Passenaud a quand même convenu avec moi que le plus logique serait qu’il soit bien inscrit « 499 », juste sous le seuil légal des 500 kilos, au-delà duquel se passent des choses qui dépassent l’entendement, à base de carte grise, etc.

– C’est bon, vous allez pouvoir ramener plein de bouteilles, qu’elle me dit.

– C’est vrai qu’il est bon le vin de là-bas, mais je vais commencer par des gravats. Ensuite, je remonterai des caisses de vin, promis.

On emballe, avec une remorque.

Une remorque, ça vaut bien un bar-tabac

remorque
Garée devant chez moi. Le tableau Démons de Jésus est complet, heureusement vous ne voyez pas le jardin. La remorque va aussi me servir à vider toutes mes merdes encombrantes avant de descendre dans le Sud.

Aujourd’hui, j’ai acheté cette chose sur Le Bon Coin, pour remplacer le Citroën C15 que devait me vendre un garagiste aux abonnés absents. Cette remorque va trimballer des tas de trucs de la maison à la déchetterie de Laroque-de-Fa, et ramener des paquets de bricoles des magasins et entrepôts de Narbonne, Perpignan, Lézignan…

boîte de dérivation électricité
Un beau travail de saligaud. Un peu stressant de faire 50 bornes sans rappel de feux sur la remorque. Mais elle est arrivée à bon port sans éveiller l’intérêt de la maréchaussée. Tant mieux.

La matinée fut chargée : pose de la plaque chez Norauto Blois, achat d’un faisceau chez Feu Vert Vendôme. Pourquoi ne pas avoir tout fait dans le même magasin ? Parce que je pensais initialement refaire moi-même les raccordements dans cette boîte de dérivation grise absolument pas faite pour équiper une remorque, et que sur le trajet j’ai décidé d’acheter un faisceau tout neuf pour 40 balles. Or à Vendôme, c’est un Feu Vert qu’il y a.

Donc Blois-Vendôme sans dépasser 90 km/h sur la quatre-voies, tranquille mimile. La remorque ne se sent pas vraiment, la bagnole étant assez coupleuse, comme on dit chez les connaisseurs. En revanche, pas de surprise : mes premières manœuvres de recul furent complètement foirées (théorie et pratique, tout ça).

Mais une fois rentré au bercail, j’ai réussi à décrocher la remorque et à la ranger à la force de mes petits bras à côté de ce que certains considéraient déjà comme une Mercos de gitan avant qu’elle soit équipée d’un attelage. Ça ne devrait donc pas s’arranger…

Inutile de dire que je suis fier comme si j’avais un bar-tabac.