(Note : J’ai changé de pseudo et enlevé les références explicites au nom du village, qui est bien trop petit pour que je me permette de me griller avec ses habitants. Je respecterai ainsi leur anonymat, et je pourrai citer verbatim leurs propos sans risque.)
Or donc, les travaux ont enfin commencé. Du 2 au 13 novembre, j’ai quitté mon Loir-et-Cher d’adoption pour le Grand Sud, et j’ai aimé ça. Il y a toujours un petit pincement au cœur à l’idée de quitter ce coin où j’ai vécu six ans et qui m’a marqué à vie, mais je suis content de ce grand changement. Besoin de me bousculer, en somme.
Premier épisode : je ne parlerai pas des travaux, mais de mon arrivée là-bas, puis de celle des troupes (dans l’ordre, Alex, Claire et Vérène) et de nos escapades touristiques du week-end précédant le début des hostilités. (Notamment la visite d’une étonnante cristallerie.)
L’après-midi du mercredi 2 novembre semble déjà très loin. C’était le jour de mon départ, et de ma énième traversée de la Corrèze cette année par l’autoroute A20, jamais un plaisir tant ça fait remonter de saletés familiales. Mais cette fois-ci, j’étais content (encore heureux) car je retrouvais, un peu au sud de Brive et déjà dans le département suivant (le Lot, soit l’entrée à la fois symbolique et administrative dans l’univers occitan), la vieille maison où j’ai passé une partie de l’été 93 avec mon ami le Dr F., un très vénérable tas de pierres perché sur une falaise dominant l’Ouysse, qu’on n’atteint qu’après une demi-douzaine de virages en épingle sur un chemin de caillasses que mes hôtes du soir n’ont jamais voulu goudronner. On ne salope pas une nature aussi belle que la vallée de l’Ouysse. J’ai donc garé, de nuit, la bagnole et la remorque dans le premier virage, le plus large, et le lendemain matin le Dr F. m’a guidé lors de la manœuvre consistant à faire un demi-tour, remorque au cul, avec un mètre de marge devant et derrière l’attelage complet. J’ai pu repartir sans rien casser (pour l’instant).

L’arrivée dans le village, après avoir récupéré une plateforme à Narbonne, petit échafaudage dont je ne me servirais pas (lesson learned : Narbonne est trop loin – deux heures de route aller-retour – pour ce genre de blague, on y a perdu l’après-midi du 10), s’est faite juste avant la tombée de la nuit, et une fois arrivé devant la maison pour y déposer le contenu de la remorque (tous mes outils ou presque), j’ai été littéralement assailli par Mme le maire d’abord, qui n’a pas perdu une minute pour me demander si je ne voulais pas me faire recenser dans son village en 2023, puis – après un fastidieux quart d’heure de présentation à l’employé de mairie responsable du relevé du compteur d’eau –, quand je pensais enfin pouvoir me poser tranquille, par son père, une sorte de type narquois dans le genre Kersauson, qui m’a fait faire le tour du village. Inutile de dire que je me suis senti jaugé sous toutes les coutures et que j’aurais préféré arriver plus en douceur. Mais j’ai joué le jeu. Un peu down, je me suis ensuite enfin posé dans le gîte que j’avais loué pour les premiers jours, dans le village, et dont la propriétaire n’est autre que… Mme le maire. (À ce stade, j’ai commencé à me sentir comme dans ces films où le héros débarque dans un bled vraiment paumé et peuplé de cas pathologiques qu’il ne peut pas éviter, genre U-Turn d’Oliver Stone ou Ville à vendre de Mocky, mais je digresse.) Une petite douche, puis départ pour le bar, histoire de boire un apéro et de signaler mon arrivée au patron, qui m’a fait si bonne impression en juillet (et devrait effacer cette impression de mauvaise série B).
Manque de pot, le bar est fermé. Une tempête se lève, des rafales impressionnantes. La nuit est en train de tomber. Je me sens au milieu de nulle part. Puis je me rappelle que j’ai réservé une table pour les copains-copines le dimanche midi à Mouthoumet, dans le bled d’à côté. J’ai très envie de socialiser (ou plutôt pas du tout envie d’être lâché tout seul d’un coup dans ce territoire à apprivoiser, et quel territoire !) donc je décide de tester le resto avant tout le monde, et si c’est dégueulasse, on ira ailleurs dimanche (malin, le mec). Je me rends à Mouthoumet, c’est juste à côté ; il y a même un bout de route tout droit où on peut rouler à 90, dans le coin c’est assez rare pour être signalé. À l’apéro, je discute électricité avec le patron et un de ses copains artisans du coin, enfin presque : la discussion dérive très vite vers Ménilmontant, qu’il a habité comme moi, puis vers le Morvan d’où il est originaire. Pas mal d’exilés dans les Hautes Corbières, j’ai l’impression.
Je rentre sans problème, en roulant très pépère et en décidant de faire un détour par Massac, le bled où on dormira tous la semaine suivante. Je ne vois rien, mais je profite du calme parfait, vitre ouverte (il fait 10-15 degrés). Je ferais cette route une dizaine de fois par la suite de jour et sans jamais m’en lasser : elle est splendide, point.
Je me réveille bien en forme le vendredi 4. Après avoir bu un café au bar et longuement discuté avec X., le patron (toujours aussi sympa, et intarissable au sujet du village), je vais faire des courses : sacs à gravats et spots d’éclairage de chantier, principalement. Je repère ainsi quelques adresses qui seront utiles : à Lézignan, notamment Brico d’Oc que ma fibre « indé » aurait tendance à préférer à Bricomarché, qui n’est pas loin ; et à Narbonne, sur les conseils de X., le Tridôme. Déjeuner à Narbonne dans une cantine improbable qui me permet de repérer l’arrêt du bus BlaBlaCar par lequel arrive demain Alex, dans le riant quartier de la Croix-Sud. En gros, l’intersection des deux autoroutes du coin.

Le soir, je rejoins Areski dans le Minervois pour un concert de soutien à une cause noble et de bon sens : arrêter un projet immobilier (hôtel de 80 chambres, héliport, golf, j’en passe…) dans un petit village rural du Cabardès. Je découvre au passage un artiste assez bluffant, le dénommé Anibal Galant ; puis je rentre. Il y a un peu plus d’une heure de route. En roulant pépère, c’est agréable, même si le vent souffle toujours assez fort.
Samedi matin, le vent s’est calmé et le temps est au beau fixe ; il le restera toute la semaine quasiment sans interruption. Je récupère Alex à Narbonne, c’est le début officiel de la semaine « colonie de vacances à défoncer du plâtre et des briques ». Enfin presque : le week-end, c’est tourisme, c’était prévu. Tout d’abord, dégustation de vin. Alex, qui a un projet de cave, a fait ses devoirs et a quatre adresses à visiter dans les Corbières. (Il en verra trois, et on goûtera le quatrième domaine dans un cubi acheté à Lagrasse le lundi en rentrant de la déchetterie – spoiler de l’épisode 2, ouais, je fais ce que je veux.)

Ce samedi 5 novembre, à 11h30, on commence par Sophie Héraud, du Clos Présent, à Albas. Trois cuvées très bonnes (mention particulière à la cuvée Satori 2020 qui égaiera nos apéros et nos repas du début de la semaine). On demande à Sophie un conseil de restaurant, ou de cantine, dans le coin. Elle nous réserve une table au 28 Pardi ! à Cascastel-des-Corbières. Pas du tout une cantine. Mais très convivial (donc un peu cantine quand même) et très fin. Bistronomique, je crois qu’on dit, non ? En tout cas, c’était délicieux et surprenant (et arrosé de deux verres de Hé Ho, un très bon carignan du domaine des Frigoulières). Juste avant, on a fait la visite, sans l’expédier, malgré l’emploi du temps qui se resserrait, du domaine du Grand Guilhem. À part une ou deux fois, j’ai tout recraché, œuf corse.
On quitte le resto tous deux repus (ai-je mentionné les incroyables accras de morue partagés en entrée ?), sous le ciel bleu caractéristique des bords méditerranéens. On a cinq minutes de retard, mais il fait très beau, et Claire ne nous en veut pas. Enfin, c’est ce qu’elle dit. On la récupère à la gare de Narbonne, puis on file tous les trois à Gruissan pour boire un coup (une bière de la brasserie du coin, La Mer à boire) au bord de la mer avant de rentrer dans les Corbières pour retrouver V., qui, pendant qu’on profite de ce court instant maritime, est en train de finir la route qui l’amène de Lyon. À la tombée de la nuit, on est à Massac, aux gîtes du Torgan, dans l’ancienne cave coopérative. Retrouvailles émues (pour certains, on ne s’est pas vus depuis quatre ans), apéro, dîner… « On est bien, Tintin ! », comme le souligne judicieusement Alex.

Allez, c’est déjà trop long pour des préliminaires, et les amateurs de bricolage porn n’en peuvent plus, je le sens.
L’épisode 2 (demain) racontera notre dimanche, et notamment la visite de cette très étonnante cristallerie.
L’épisode 3 (pas plus tard que vendredi, si le boulot me le permet) racontera les travaux. Vous saurez tout sur les deux déchetteries visitées, l’accident de remorque (pas en roulant, je vous rassure tout de suite), l’état des poutres, la vision de l’espace (la vista !) de Claire et Vérène, la visite (très rassurante) de mes voisins maçons, l’atmosphère dans le village (notamment une savoureuse anecdote sur les oiseaux migrateurs – anecdote qui est accessoirement la raison pour laquelle je ne mentionne plus le nom du village sur ce site), mon mal de dos intermittent, la panne d’essence, le mont Tauch, le traducteur de Milan Kundera, etc.
Stay tuned!
Quel plaisir de te lire et d’avoir de vos nouvelles, surtout avec ce casting d’exception ! On attend la suite avec impatience
Haha, merci, ça fait plaisir. Pas sûr que ce blog devienne une somme d’infos pertinentes sur le bricolage, mais au moins, ça me fait écrire et ça me change du sous-titrage de séries coréennes à la con !