
On se lève dimanche sous un ciel bleu un peu scandaleux pour tout le monde en cette saison. Ce sera une source inépuisable de remarques mi-ravies mi-affolées sur l’apocalypse climatique, comme toujours depuis quelque temps quand il fait beau trop tard dans l’année. Mais on est des gens du Nord, et on est dans le Sud, alors on se rassure (on n’est pas si inquiets que ça, sur l’instant : puisqu’on jouit, vous dis-je) en se rappelant qu’il y a plus de dix ans on a mangé une paella en T-shirt en Espagne au Jour de l’an… à peine quatre parallèles et demi plus bas ! Bref, il fait trop beau et trop chaud, mais sur l’instant, c’est humain, on en profite en attendant le déluge. On déjeune en terrasse, le 6 novembre 2022, à Mouthoumet, au Nid Table.

On y est rejoints par le père Areski de Khône, qui, astuce ! vient de Caunes-Minervois (de là à penser qu’il userait d’un pseudonyme quand il commente ces pages, je voudrais pas m’avancer, mais c’est du domaine du probab’), toujours dans l’Aude mais de l’autre côté de la vallée, au pied de la montagne Noire. Les amateurs de géologie et de sciences naturelles seront ravis d’apprendre que si la montagne Noire est en gros la pointe sud-ouest du Massif central, les Corbières sont quant à elles « les premiers contreforts des Pyrénées », même que c’est Wikipédia qui le dit. Entre ces deux massifs, la (basse) vallée de l’Aude.

On continue dans l’édification des masses, en l’occurrence notre joyeux groupe de cinq touristes, par la visite d’un château cathare, celui d’Arques. À vol d’oiseau, c’est l’un des plus proches : 17 kilomètres. Une petite demi-heure par la route. Le temps pour moi d’émettre l’idée suivante : et si le cristal d’Arques y venait du bled où c’est qu’y a le château, hein ? Je dis ça, je dis rien. Vérène se gausse, Claire lui emboîte le pas (j’aurais peut-être dû écrire « Vérène se chausse », du coup), Alex rigole et ne se mouille pas trop. Turns out, on le vérifiera plus tard, que la cristallerie d’Arques est en Lorraine. On ne peut pas tout savoir. (L’idée n’était pas si saugrenue que ça, je le maintiens.)
Le château est beau, solide, extrêmement bien entretenu pour un édifice construit aux XIII-XIVes siècles, quand « les cathares n’étaient déjà plus un sujet de préoccupation [pour le seigneur qui l’a fait construire] », dit la brochure. Aucun d’entre nous ne peut expliquer clairement aux autres ce qu’étaient les cathares, à part une hérésie – je hasarde le concept de « proto-protestants », qui sonne quand même du feu de Dieu (pun intended) et me rappelle le nom de l’excellent groupe américain Protomartyr. On se promet de se cultiver à ce sujet dès qu’on pourra mettre la main sur un téléphone ou un ordi, mais en fait, apéro, dîner, dodo, travaux, on n’a pas eu le temps. Du coup, commençons maintenant : le catharisme, mythe ou réalité ?
Ce que je remarque en visitant cette tour carrée si bien préservée des Outrages-du-temps™, c’est qu’elle est en meilleur état que ma maison. J’en fais la remarque à la cantonade de manière amusée, mais en vrai je n’en mène pas large : c’est un peu choquant, quand même. Ça fait à peine quinze ans que la maison n’est plus habitée, ce que son état déplorable ne dit pas. Bref.
Claire prend des photos de nous devant le château, le soleil automnal déjà bien bas dans le ciel, et Vérène y voit comme une réminiscence de la pochette de ce bon vieux quatrième album de U2 (une ancienne passion commune pour nous deux), The Unforgettable Fire. Jugez plutôt :

Je leur infligerai l’album (merci Deezer, malgré tes pubs de merde) sur le chemin du retour, un peu crispé comme souvent quand Bono se met à bramer (on appelait ça du rock héroïque…), mais cette fois-ci on est deux, avec Vérène, à pouvoir soutenir les sarcasmes. Qui, étonnamment, ne viennent pas. Il faut dire que j’ai brandi la carte Brian Eno d’entrée de jeu, et généralement ça calme un peu. Ou alors Claire et Alex sont des gens bienveillants. Va savoir.
Au château, grand moment d’émotion : on s’est séparés d’Areski, linguiste émérite et inexpugnable (private djôke) qui a oublié des affaires chez lui et veut rentrer avant la nuit. Il reviendra demain sur le chantier. Nous, les quatre autres, rentrons au gîte ; Alex ouvre la première bouteille de Satori du Clos Présent (cf. premier épisode), je mets l’huile à chauffer, j’y dépose les oignons coupés plus grossièrement que la veille parce que je suis feignant et que j’aime la cuisine rustique, bref, on boit l’apéro, on dîne, « on est bien Tintin », et on se couche, pas trop tard car demain on attaque ce foutu chantier qui m’obsède et me passionne et me hante depuis que j’ai fait une offre pour acheter cette maison fin juillet !
Voilà, c’est fini pour le tourisme. (On y reviendra vendredi après-midi avec Alex : une balade aux gorges de Galamus et tout autour du mont Tauch en passant par Maury et Tautavel, because on n’avait plus de sacs à gravats, que tout était fermé, 11-Novembre oblige, et que je ne voulais pas continuer à amasser des gravats qu’on n’aurait de toute façon pas eu le temps d’emmener à la déchetterie.)
On se retrouve une troisième fois sur ces pages dans quelques jours (demain ?) pour le récit de nos efforts. Ici Vendôme, à vous les studios.