Gravats, gravats, gravats

Spoiler alert : Il n’y aura rien de spectaculaire dans ce texte. Je n’ai fait que vider des gravats en me faufilant entre les longues demi-journées et journées entières de fermeture de la déchetterie. Mais je connais bien mieux la maison maintenant, car j’y ai dormi plusieurs nuits et je m’y suis retrouvé seul pour la première fois. Je crois que j’avais besoin de ça, pour faire le point et me donner un vrai cap. (Scoop : je n’ai pas encore touché au fameux bacula.)

À la sueur de mon front, les amis.

J’ai aussi fait pas mal de rencontres très intéressantes dans le village, ainsi que dans les bleds voisins. Et j’en avais besoin aussi. Car l’aide viendra plus facilement sur place, c’est devenu très clair à mes yeux pendant ce séjour.

L’ami JC est quand même venu de Montpellier dès la première semaine sur sa grosse moto, on a vidé les gravats qui traînaient dans l’ancienne cuisine, puis on s’est surtout fait une excellente table le jeudi soir (La Taverne, à Villerouge-Termenès). Pour mes copains-copines d’un peu partout ailleurs, les Corbières, c’est l’autre bout du monde, ça demande vraiment une organisation. Mon frangin m’a à moitié promis qu’il viendrait (il est dans les Cévennes, pas à l’autre bout du monde donc).

Mais c’est dans le village qu’il va falloir trouver de la main-d’œuvre pas trop chère pour les tafs les plus physiques, ou ceux que j’aurai beaucoup de mal à faire à deux. Ça tombe bien, j’ai au moins déjà deux jeunes qui n’en veulent et crèchent juste à côté. Le fils d’un copain habitant dans le Minervois, un impressionnant gaillard de 20 ans et deux mètres de haut, sera mis à contribution (moyennant un petit billet) pour en finir avec les deux grosses cheminées pourries qui encombrent.

Cheminée de l’ancienne (et future) salle de bains, à dégager. Quasiment deux mètres de large, pour situer.

Parmi la demi-douzaine de voisins qui retapent aussi une maison, j’ai fait connaissance d’A., à l’enthousiasme communicatif et qui m’a proposé son aide pour plein de trucs. J’envisageais de passer voir sa baraque dans la semaine et de continuer à discuter de tout ça (on s’était rencontrés au bar la veille à l’apéro) quand j’ai appris le 4 avril au soir que je devais remonter d’urgence en Corrèze.

Pendant trois semaines et demie au lieu des cinq prévues initialement, j’ai tâté le terrain, pas mal roulé dans la région, commencé à devenir un habitant de ce petit coin des Corbières peuplé de pas mal de gens intéressants, semble-t-il. (Petit miracle : j’ai réussi à éviter tous les vieux cons et leurs remarques sur les « migrateurs » venus d’Afrique.) J’ai même réussi à me faire dragouiller par une ancienne collègue dans une galerie d’art. Et j’ai découvert quelques bonnes tables…

Un grand moment de fierté.

Pour en revenir à ce qui nous occupe, les travaux, j’ai raccordé la phase d’un enrouleur électrique sur l’une des trois phases du disjoncteur d’abonné (qu’Enedis me passera en monophasé down the road, je n’ai pas trop compris quand ni pourquoi ça devait attendre), et j’ai pu ainsi recharger mon téléphone et mes deux lampes. J’ai acheté le lendemain de ma première nuit (fraîche !) un radiateur d’appoint 2000 W à 35 € et j’ai bien pensé à dérouler complètement la rallonge de dix mètres avant d’allumer le bousin : la puissance maximale qu’encaisse le câble passe alors quasiment du simple au double. Je ne l’ai pas deviné (mes cours de terminale sur l’induction électromagnétique et l’effet Joule, qui doivent jouer un rôle dans ce phénomène, sont très loin), c’était marqué sur l’étiquette de l’enrouleur, tout simplement.

Fiat lux.

À part vider des gravats, transpirer un peu et faire de l’électricité élémentaire en me coupant le doigt, j’ai aussi dû travailler (pour gagner des sous, je veux dire), donc j’ai appris à connaître le wifi public de la municipalité de Lagrasse et celui de la médiathèque de Lézignan-Corbières. J’ai été recruté par une nouvelle agence de sous-titrage, qui paie beaucoup mieux (le double, en gros) que mon agence actuelle. Donc même si je suis complètement à sec aujourd’hui – l’essence, les restos, les hôtels… – je sais que je vais pouvoir me renflouer assez rapidement.

En tout cas, fort de ce premier séjour conséquent dans la maison, j’ai compris tout de suite que ma priorité devait être de faire la salle de bains avant tout le reste, afin de pouvoir camper sans avoir à prendre des chambres d’hôtel cheap tous les trois jours pour pouvoir me débarbouiller… J’ai même passé un dimanche chez Areski à faire un premier plan sur papier à petits carreaux. Pas trouvé de papier millimétré dans la pourtant fancy librairie Breithaupt de Carcassonne. Ville que, par ailleurs, j’ai appris à apprécier plus que Narbonne, pour des raisons qui m’échappent encore un peu. La route pour y accéder en descendant des Corbières est bien plus agréable, en tout cas.

Avec un chauffe-eau plat dans le coin buanderie,
idée semée par A., la sympathique copine anglaise d’Areski.

Voilà pour ce bilan un peu décousu de ces premiers moments passés en solo dans la maison. Je vous passe les détails de mes discussions avec X., le patron du bar, une sacrée rencontre là aussi. Par sa personnalité, il attire des habitués très intéressants, notamment A., toulousain d’origine branché psychanalyse qui m’a appris que les Ariégeois appelaient les Toulousains « doryphores » – comme on appelait les Allemands pendant la guerre, ou comme les Irlandais appelaient les Anglais à une certaine époque (je crois, en tout cas). Fascinante humanité.

J’ai abrégé mon séjour de dix jours car Josiane, la femme de ma mère, est décédée après quatre décennies à lutter contre la sclérose en plaques ; je suis remonté illico en Corrèze quand j’ai appris le 4 avril qu’elle était en fin de vie. Je suis revenu des obsèques avec le ventre complètement tordu.

J’envisage de redescendre dans les Corbières mi-juin, pour quatre ou cinq semaines. Pour l’instant j’ai la tête au sous-titrage, je n’arrête pas de bosser depuis deux semaines, d’où le gros retard pris pour finir ce texte.

À la revoyure !

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